Un manque de transparence qui alimente un narratif construit
La formule actuelle du projet de loi no 94, Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation et modifiant diverses dispositions législatives, «va non seulement à l’encontre de la littérature scientifique sur le sujet, mais le gouvernement ne dispose pas de données prouvant la nécessité de renforcer la Loi sur la laïcité de l’État, qui prévoit déjà des balises», déplore Marie-Odile Magnan.
Julie Larochelle-Audet partage cette préoccupation. «Nous avons de la difficulté à voir le problème que le projet de loi prétend vouloir régler, affirme-t-elle. Le projet de loi repose largement sur des données non publiques et compromet certains piliers éducatifs du Québec, dont le droit à l'égalité des chances et la socialisation.»
L’équipe IDEE se questionne particulièrement sur le fait que le gouvernement s’appuie sur l’affaire de l’école Bedford, à Montréal, afin de justifier le renforcement de la laïcité pour l’ensemble des écoles au Québec.
«Le rapport officiel qui a suivi l'enquête dans ce dossier a mis en évidence un conflit de travail et des manquements à la Loi sur l'instruction publique, mais il ne révèle aucun manquement à la Loi sur la laïcité de l’État, souligne Julie Larochelle-Audet. De même, un seul manquement à cette loi a été clairement établi par le rapport sur 17 autres écoles.»
Elle note par ailleurs l’inaccessibilité des données issues du terrain qui ont mené à la rédaction du rapport ainsi que sur la nature des plaintes ayant conduit à l’ouverture des enquêtes. «Selon certaines sources, les manquements invoqués sont essentiellement d'ordre administratif», dit-elle.
Les chercheuses s'inquiètent ainsi de la construction d'un narratif de «manquements à la laïcité» basé sur des rapports limités et des données incomplètes, «ce qui soulève des questions sur la réalité et l'ampleur du problème allégué».