Un casse-tête pour l’État
Selon le directeur du CRIMT, Gregor Murray, le caractère ambigu de toute négociation dans le secteur public réside dans le fait que l’État est à la fois l’employeur et le régulateur de sorte que, si la négociation n’aboutit pas, le gouvernement peut légiférer et dicter les conditions de travail.
Néanmoins, ce pouvoir d’adopter une loi de retour au travail – ou loi spéciale – est davantage circonscrit depuis «l’arrêt Saskatchewan», qui a reconnu une protection constitutionnelle au droit de grève.
«En 2015, la Cour suprême du Canada a statué que la loi adoptée en 2007 par la Saskatchewan – qui empêchait les travailleurs assurant des services essentiels de faire la grève – violait la Charte canadienne des droits et libertés en restreignant de manière injustifiée le droit à la liberté d’association et le droit de négociation collective», souligne la professeure de droit Renée-Claude Drouin.
Désormais, les critères pour recourir à une loi spéciale sont plus stricts pour l’État, sans compter qu’il doit aussi tenir compte de l’acceptabilité sociale d’un tel recours «et l’on n’en est nettement pas là, avec l’appui populaire manifesté actuellement aux employés», poursuit-elle.
Par ailleurs, la pression est grande sur les ministres du gouvernement québécois, rappelle Gregor Murray: «L’enjeu est que l’enveloppe salariale pour la fonction publique représente environ 60 % du budget de l’État québécois et l’appui général aux syndicats signifie que la population souhaite le maintien des services publics tout en étant contre d’éventuelles hausses d’impôts en raison de l’inflation, responsable de l’augmentation du coût de la vie.»