Sans l’entrée sensorielle de la vision, l’interaction entre le système auditif et celui de la sensorimotricité est déséquilibrée. De sorte que le changement d’orientation du corps entraîne des changements illusoires dans la localisation sonore.
«Pour savoir où il se trouve dans l'espace, le cerveau rassemble de l’information des différents sens et, grâce à ce processus, il crée une perception cohérente et apparemment fluide du monde extérieur, explique Daniel Paromov. Habituellement, lorsque le cerveau combine des informations de nos cinq sens, elles proviennent d’évènements qui sont liés, mais quand ces informations ne correspondent pas tout à fait à ce qui se passe, cela peut causer des perceptions trompeuses.»
Il ajoute: «Il faut surtout retenir que, en créant une simple illusion dans la représentation du corps dans l’espace, on vient perturber la perception auditive. Nous avons ainsi pu observer un effet réciproque entre le système auditif et la représentation corporelle: ils s’influencent mutuellement, ce qui nous était inconnu.»
Selon le directeur de l’étude, François Champoux, ces données reconfigurent la façon de concevoir la perception auditive spatiale.
«Les lois de la psychoacoustique ne tiennent plus lorsqu’on les met en relation avec les autres sens, souligne le professeur. Nos données montrent entre autres que des variables sensorielles non auditives sont nécessaires à la localisation auditive et, sans ces variables, la localisation auditive semble simplement impossible. La plupart des notions que nous avons à propos du système auditif sont prises isolément et il est grand temps que nous commencions à explorer comment le système auditif interagit avec les autres sens si nous voulons vraiment comprendre certaines problématiques liées à la perception.»