Cinq changements majeurs ont émergé: l’essor des prépublications, la remise en question du processus d’évaluation par les pairs, l’ouverture des données, l’accès libre aux publications et l’importance du multilinguisme.
Face à l’urgence sanitaire, la nécessité d’accéder rapidement aux résultats scientifiques a favorisé l’essor des prépublications. Ces articles, diffusés avant leur évaluation par les comités de lecture, permettaient à la communauté scientifique d’analyser et de commenter les résultats en temps réel, notamment par les réseaux sociaux comme Twitter. La pandémie a également mis en lumière les limites de l’évaluation par les pairs. Ce processus, bien que central dans la validation scientifique, n’est pas infaillible: certains articles validés ont été rétractés par la suite, soit en raison de données falsifiées, soit à cause de biais dans le choix des évaluateurs, comme ce fut le cas des publications sur l’hydroxychloroquine de Didier Raoult.
Un autre changement significatif a été de rendre accessibles les données, en particulier celles liées à la COVID-19. Cela permettait à un plus grand nombre de chercheurs et chercheuses de les analyser et d’accélérer la compréhension du virus. Toutefois, cette tendance s’est estompée après le pic de la pandémie faute de mesures incitatives suffisantes pour la maintenir.
Durant la crise sanitaire, de nombreux éditeurs commerciaux ont temporairement rendu accessibles des articles sur le coronavirus. Cependant, une fois la situation stabilisée, ces contenus ont été refermés. L’accessibilité des publications scientifiques a progressé depuis la pandémie, mais moins fortement que ce qu’on avait espéré.
La crise a révélé la nécessité de diffuser les résultats scientifiques dans plusieurs langues, en particulier pour toucher les communautés de praticiens qui ne maîtrisent pas forcément l’anglais. Cette prise de conscience a encouragé la mise en place de certaines initiatives en faveur du multilinguisme, même si la diffusion scientifique reste largement dominée par l’anglais, en particulier dans le domaine médical.
Enfin, la pandémie a soulevé la question de l’évaluation ouverte: au-delà de l’accès aux articles, certains ont plaidé pour la publication des commentaires et avis des évaluateurs. Bien que cette pratique reste encore marginale, elle pourrait contribuer à renforcer la transparence et la confiance dans la recherche scientifique.