Des profils variés, unis par la précarité
L’étude révèle que, au moment de leur première visite dans une banque alimentaire, plus de 80 % des nouveaux utilisateurs souffraient d'insécurité alimentaire et près de la moitié étaient confrontés à une insécurité alimentaire grave, soit des personnes qui devaient régulièrement sauter des repas.
Parmi les participants de l’étude, 75 % vivaient dans un ménage disposant d'un revenu annuel inférieur à 20 000 $ et leur santé était moins bonne tant sur le plan physique que sur le plan mental par rapport à la population générale. En moyenne, ces gens se présentaient dans une banque alimentaire 2,4 fois par mois au début de leur parcours de demandeurs d’aide alimentaire.
L’équipe de recherche a mis au jour cinq profils de personnes ayant recours à l'aide alimentaire. Il s’agit:
- d’immigrants nouvellement arrivés et confrontés à la non-reconnaissance de leurs diplômes et à la méconnaissance du pays;
- d’individus dont la vie a basculé à la suite de problèmes de santé physique ou mentale qui les ont contraints à épuiser leurs ressources (placements, vente de maison) avant de demander de l'aide;
- de femmes – particulièrement les mères chefs de famille monoparentale – souvent fragilisées par une dépendance financière à l’égard de l’ex-conjoint;
- de personnes issues de la pauvreté intergénérationnelle, marquées par des parcours laborieux depuis l'enfance;
- d’aînés n'ayant pu accumuler suffisamment de capital pour leurs vieux jours.
Sur une période de deux ans, l’étude a montré que ces nouveaux utilisateurs de l’aide alimentaire ont connu quatre parcours types: le tiers (33,1 %) ont rapidement cessé d'y recourir, tandis qu'un autre quart (24,9 %) s'en sont détachés progressivement. À l'opposé, près du tiers (31,4 %) sont devenus des utilisateurs chroniques, visitant les banques alimentaires presque chaque mois, et 10,6 % y ont eu recours de façon récurrente, avec des pauses plus ou moins longues.
«Les réalités différaient aussi selon les milieux, explique Louise Potvin. En zone rurale, parmi les populations moins scolarisées, on comptait davantage de familles monoparentales et de ménages en situation d'insécurité alimentaire grave. À l'inverse, Montréal se distingue par une plus forte présence de gens issus de l’immigration, d'étudiants et de personnes vivant seules, dont le niveau de scolarité est généralement plus élevé.»