Professeure à l’Université de Montréal depuis la fin des années 1980, Trang Hoang a joué un rôle structurant dans le développement de la recherche en cancérologie au Québec. Cofondatrice de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC), elle a contribué à façonner un modèle de recherche misant sur la collaboration, la formation de la relève et des retombées concrètes pour les patients.
À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, nous vous racontons son parcours, qui illustre l’influence durable que peut avoir une scientifique lorsqu’elle place l’humain au cœur de ses priorités.
Une pionnière qui rêve grand
Recrutée en 1986 comme professeure par le Département de pharmacologie et physiologie de l’UdeM, Trang Hoang devient la première femme à diriger un laboratoire à l’Institut de recherches cliniques de Montréal. À une époque où les femmes sont encore peu nombreuses à occuper des postes de direction scientifique, son arrivée marque un tournant.
Rapidement, elle s’inscrit dans la vision d’une recherche de haut niveau, participant à la mise en place d’installations et de services essentiels au travail scientifique. Ces initiatives, souvent réalisées en amont des projets, facilitent la recherche et favorisent l’émergence de collaborations. Elles témoignent déjà de ce qui deviendra une constante de son parcours: penser la science comme un effort collectif, soutenu par des structures solides.
Fonder un institut pour accélérer les découvertes
À la fin des années 1990, animée par la volonté d’accroître la portée de la recherche en cancérologie, Trang Hoang amorce avec plusieurs collègues une réflexion qui mènera à la création d’un nouvel institut. Leur ambition: réunir sous un même toit des expertises complémentaires, des installations de pointe et des liens étroits avec les milieux cliniques afin de raccourcir le chemin entre la découverte fondamentale et l’application thérapeutique.
Fondé en 2003 sur le campus de l’Université de Montréal, l’IRIC se donne une triple mission: former la relève, mieux comprendre les mécanismes du cancer et contribuer à la mise au point de nouvelles thérapies. Dès le départ, la collaboration et le décloisonnement disciplinaire sont au cœur du projet.
Vingt ans plus tard, plusieurs avancées confirment la pertinence de ce modèle. La thérapie cellulaire UM171, désormais approuvée en Europe, ainsi que le démarrage d’essais cliniques pour des vaccins thérapeutiques et des traitements visant les tumeurs solides illustrent des retombées tangibles pour les patients.
Une recherche tournée vers des traitements plus ciblés
Cette volonté de faire progresser la recherche au profit de la collectivité se reflète aussi dans les travaux menés au laboratoire de Trang Hoang. Son équipe a notamment contribué à mettre au jour des cellules souches anormales à l’origine de la leucémie aigüe lymphoblastique, le cancer le plus fréquent chez les enfants. Cette découverte a permis de mieux comprendre les mécanismes précoces de la maladie.
Les recherches actuelles s’attachent à repérer les vulnérabilités propres à ces cellules souches préleucémiques afin d’élaborer des approches thérapeutiques plus ciblées. L’objectif: concevoir des traitements plus efficaces et moins invasifs, aux effets secondaires moindres et capables d’améliorer la qualité de vie des patients.
Cette approche, ancrée dans la recherche fondamentale et tournée vers l’application clinique, alimente en outre la formation de la relève scientifique, appelée à travailler sur les prochaines générations de traitements.
La formation au cœur de sa mission
Au fil de sa carrière, Trang Hoang a accordé une place centrale à la formation de la relève. Dès ses premières années comme professeure, elle met sur pied des initiatives visant à offrir aux étudiantes et étudiants des occasions structurantes de présentation, d’échange et de reconnaissance scientifiques. Ces contextes d’apprentissage préparent les jeunes chercheurs et chercheuses aux exigences du milieu de la recherche.
Son engagement pédagogique se poursuit avec sa participation à la réforme du programme d’études supérieures en biologie moléculaire de l’UdeM. Convaincue de l’importance d’une formation arrimée aux réalités de la recherche contemporaine, elle fédère centres, instituts et départements autour d’un programme multicentre, repensé pour mieux refléter les besoins scientifiques émergents. Ce travail concerté mène à l’établissement du premier programme multidisciplinaire du genre au Québec.
Trang Hoang dirigera ce programme pendant plus de 15 ans. Sous sa gouverne, il intègre entre autres un curriculum en biologie des systèmes, élargissant l’horizon méthodologique et conceptuel offert aux étudiantes et aux étudiants. À l’IRIC, elle participe également à la création de mécanismes d’accompagnement pour les jeunes chercheurs et chercheuses, facilitant leur intégration dans le milieu professionnel, l’établissement de leur laboratoire et la progression de leur carrière.
Innover en créant des ponts
Ses collègues soulignent unanimement sa capacité à rassembler ses collaborateurs autour d’une vision commune. Comprenant finement les enjeux scientifiques, institutionnels et humains de son secteur d'activité, Trang Hoang a su créer des ponts entre chercheurs, cliniciens et partenaires, souvent dans l’ombre. Ce travail de liaison, discret mais structurant, a permis l’émergence d’initiatives et de collaborations appelées à durer.
Cette aptitude à fédérer explique en grande partie la solidité des structures qu’elle a contribué à mettre en place tant à l’IRIC qu’à l’Université de Montréal. Elle incarne une forme de leadership posé, axé sur l’écoute, la rigueur et le respect des personnes.
Une influence qui dépasse les générations
Au-delà de ses réalisations scientifiques et institutionnelles, Trang Hoang demeure une source d’inspiration, notamment pour de nombreuses femmes en sciences. Son parcours, marqué par la constance et la détermination, montre qu’il est possible de conjuguer excellence scientifique, engagement collectif et souci de la relève.
«Trang Hoang est une véritable bâtisseuse, au sens le plus noble du terme, conclut Guy Sauvageau, chercheur principal et membre fondateur de l’IRIC. Elle conjugue excellence scientifique, sens institutionnel et engagement humain avec une grande humilité. Son influence, souvent discrète, a façonné de manière déterminante l’IRIC et sa culture – et continue de s’exercer dans notre milieu.»