Des étudiantes en médecine lancent un programme gratuit d'accompagnement santé

En 5 secondes Modifier ses habitudes de vie pour mieux gérer une maladie chronique: c'est ce que propose gratuitement le programme Coach PMP, mis sur pied par quatre étudiantes en médecine de l'UdeM.
Anne-Catherine Pelletier, Anne-Sophie Gervais, Amélie Poirier et Alexandra Deschamps

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La science au féminin Article 34 / 37

Quatre étudiantes en médecine de l'Université de Montréal ont mis sur pied un programme d'accompagnement virtuel gratuit pour les personnes atteintes d'une maladie chronique qui souhaitent modifier leurs habitudes de vie. Le programme Coach PMP (pour Projet médecine préventive), inspiré d'une initiative de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC), permet à des étudiantes et étudiants en médecine formés à la communication motivationnelle de soutenir concrètement des patients dans l'adoption de saines habitudes de vie. 

 

Une réponse à un besoin non comblé 

L'idée est née d'un constat partagé par Anne-Catherine Pelletier, Anne-Sophie Gervais, Amélie Poirier et Alexandra Deschamps, toutes quatre passionnées de médecine préventive et membres du groupe d'intérêt en médecine préventive de leur faculté. «Les maladies chroniques sont un gros fardeau pour nos hôpitaux et, bien que les causes de ces maladies soient multifactorielles, les habitudes de vie jouent généralement un rôle majeur dans leur développement», explique Anne-Catherine Pelletier. 

Selon elle, bien des patients savent qu'un changement dans leurs habitudes de vie pourrait avoir un effet positif sur leur santé, mais ils n'ont pas accès aux ressources socioéconomiques pour les accompagner. «Dans notre formation en médecine, nous abordons la question de la prévention de la maladie et des habitudes de vie et, à travers notre projet, nous souhaitions approfondir la façon de motiver les patients en ce sens pour qu’ils parviennent à améliorer leur état de santé», ajoute-t-elle. 

Après avoir exploré ce qui se fait ailleurs au Canada, trois des quatre fondatrices ont participé au programme PLM Coach de l'UBC, une initiative fondée sur des données probantes issues de deux essais cliniques menés par le DBrodie Sakakibara. L'expérience s'est révélée si concluante qu'elles ont décidé d'implanter un programme similaire à l'Université de Montréal. 

Six rencontres pour des changements durables

Le programme Coach PMP propose un accompagnement qui s’échelonne sur environ deux mois, constitué de six séances virtuelles gratuites. Les participants sont jumelés à une étudiante ou un étudiant en médecine formé à la communication motivationnelle, une approche qui mise sur l'autonomisation de la personne plutôt que sur un encadrement directif. 

Avant la première rencontre, le participant reçoit un document pour amorcer une réflexion sur sa santé, ses objectifs de vie à long terme et le rôle que joue la santé dans ces objectifs. Il remplit également un questionnaire sur son état de santé global et ses habitudes de vie, couvrant l'activité physique, la qualité du sommeil, le stress, la santé mentale et l'alimentation. «De cette façon, la personne peut déjà cibler l'axe sur lequel elle veut travailler», précise Anne-Catherine Pelletier. 

Les séances servent à effectuer des suivis, désigner les obstacles à la réussite et déterminer des modifications à apporter avec le participant. «Notre approche repose sur les principes de la communication motivationnelle, nous ne sommes donc pas dans une approche paternaliste. Nous offrons du soutien afin d'amorcer des changements dans une optique d'adaptation, comme une sorte de trajectoire modulable vers l'atteinte de l'objectif», mentionne Anne-Sophie Gervais, responsable de la création du site Internet du programme. 

Les données recueillies par le programme de l'UBC montrent qu'après six rencontres on observe des changements durables dans les habitudes de vie des participants. 

 

Une formation rigoureuse pour les étudiants accompagnateurs 

Quinze étudiants et étudiantes en médecine du campus de la montagne de l'UdeM ont été recrutés en décembre pour prendre part au programme. En janvier et février, ils reçoivent une formation en trois volets: une introduction au programme et le déroulement d'une séance type, une formation de quatre heures en communication motivationnelle offerte par le Centre de médecine comportementale de Montréal et des mises en situation présentées par un omnipraticien. 

«Le principal défi pour les étudiantes et les étudiants est de connaître leurs limites et de ne pas hésiter à demander de l'aide, souligne Anne-Sophie Gervais. Ils doivent également accepter qu'ils ne sont pas là pour donner des conseils professionnels, mais pour établir une relation d'aide basée sur la communication motivationnelle.» 

Le programme bénéficie du soutien de plusieurs médecins de l'Université de Montréal et de l'Université Laval, ainsi que de chercheurs du Centre de médecine comportementale de Montréal. Anne-Catherine Pelletier a notamment communiqué avec de nombreux médecins afin de donner de la visibilité au programme. Les fondatrices souhaitent éventuellement l’étendre au campus de l’UdeM en Mauricie et potentiellement à d'autres universités.

Des transformations au-delà du poids

L'expérience vécue par trois des fondatrices au sein du programme de l’UBC illustre la pertinence de l'approche motivationnelle. Anne-Catherine Pelletier raconte avoir été jumelée à une dame de Vancouver aux prises avec plusieurs problèmes de santé. «Elle m'a confié que, dans le passé, elle avait essayé de faire des régimes et qu'elle se décourageait, car elle ne perdait pas de poids», relate-t-elle. 

En se concentrant plutôt sur les habitudes permettant de se sentir bien physiquement et mentalement, sans viser une perte de poids, la participante est parvenue à changer sa façon de voir sa santé. Elle a intégré la marche en forêt à ses activités hebdomadaires, trouvé des compagnons de marche et constaté un regain d'énergie et une sensation de bien-être général. «À la fin du programme, elle était heureuse de faire de la marche chaque semaine, sans associer son état aux chiffres d'un pèse-personne», remarque-t-elle. 

«Le simple fait de parler de ses difficultés et de trouver soi-même des solutions s'avère bénéfique», observe Amélie Poirier, responsable du financement et du recrutement. Formée en physiothérapie avant d'être admise en médecine, elle indique que le soutien et l'encouragement aident à améliorer la condition physique sans passer par des solutions coûteuses comme l'inscription à un gymnase. 

Alexandra Deschamps, qui a une formation en ergothérapie, partage cette vision. «Ce genre d'accompagnement fait en sorte que la personne ne considère plus le changement comme une montagne à franchir, dit-elle. De simples petits changements graduels finissent par avoir une influence. Faire une marche de 15 minutes par semaine, ce n'est pas niaiseux!» 

 

Un projet porté par la passion malgré un horaire chargé 

Pour mener à bien ce projet en parallèle de leurs études, les quatre fondatrices doivent jongler avec leurs multiples obligations. «Ça part d'une motivation intrinsèque, celle de vouloir apporter sa contribution à la communauté», signale Anne-Sophie Gervais. Le travail s'effectue le soir, les fins de semaine ou en début de session, selon les disponibilités de chacune. 

La collaboration s'avère essentielle. «C'est pourquoi nous sommes quatre dans ce projet. Nous nous sommes adjoint d'autres étudiantes et étudiants en médecine, tandis que, de notre côté, nous nous occupons de la mise en place du programme et de sa poursuite», renchérit Alexandra Deschamps. 

Toutes quatre en sont à leur troisième année de médecine, l'année d'externat, et devront bientôt choisir leur programme de résidence pour l'automne prochain. La médecine familiale et la médecine interne figurent parmi leurs options, des choix qui témoignent de leur intérêt pour une approche globale de la santé.

 

En savoir plus et s’inscrire à Coach PMP 

Le programme Coach PMP vise les personnes de 30 ans et plus vivant avec au moins une maladie chronique. L’équipe souhaite recruter une quinzaine de participants, mais espère en suivre davantage grâce à la disponibilité variable des étudiants accompagnateurs. 

Pour en savoir plus et pour s’inscrire 

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