Un bâtiment conçu pour un conseil, non pour un roi

En 5 secondes En fouillant l’ancienne cité maya d’Ucanal, au Guatemala, l’anthropologue Christina Halperin a mis au jour des traces d’un nouveau type d’architecture politique.
Fouilles de la structure K-1 d'Ucanal, qui pourrait être une maison du conseil datant de la période classique terminale

Pour comprendre l’organisation politique d’une société, il faut observer son architecture. C’est l’approche qu’a adoptée Christina Halperin, professeure au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal, lors de fouilles menées l’an dernier dans la cité maya des basses terres d’Ucanal, au Guatemala.

Ses travaux révèlent l’émergence de maisons du conseil, un type de bâtiment qui marque une transformation des modes de gouvernance durant la période classique terminale, entre environ 810 et 1000 après Jésus-Christ.

Réalisée avec l’étudiante de maîtrise Laurianne Gauthier et la codirectrice du Proyecto Arqueológico Ucanal, Carmen Ramos Hernandez, l’étude est parue dans la revue Antiquity.

«La période classique terminale est marquée par une forte instabilité politique et une diminution de la population dans plusieurs sites des basses terres mayas du sud, souligne Christina Halperin. Comment les sociétés mayas ont-elles réorganisé leurs systèmes de gouvernance dans ce contexte?»

Du pouvoir divin au partage du pouvoir

Durant la période classique (vers 300 à 810 après Jésus-Christ), la gouvernance reposait sur une monarchie dite «divine». Des dynasties de rois exerçaient leur autorité sur la population, affirmant leur pouvoir à travers des palais et des pyramides monumentaux.

À la période postclassique tardive (vers 1200 à 1521 après Jésus-Christ), les sociétés mayas privilégient plutôt des systèmes fondés sur des conseils, où les décisions sont prises par consensus et reposent sur un partage du pouvoir entre dirigeants.

Les fouilles entreprises à Ucanal permettent de mieux comprendre cette transition. L’équipe a mis au jour un bâtiment «municipal» de la période classique terminale – une salle ouverte à colonnades – qui pourrait constituer un des premiers exemples de maison du conseil.

On y aurait tenu des rencontres entre dirigeants, rois, nobles et chefs de lignage pour débattre d’accords politiques, discuter de conflits, rendre la justice ou encore organiser des célébrations.

«Le caractère ouvert du bâtiment rendait ces rencontres visibles, explique la chercheuse. Cette mise en scène du pouvoir comportait sans doute une dimension symbolique, mais elle témoigne aussi d’une participation accrue du public à la vie politique.»

Ce modèle contraste avec celui de la période classique, où les décisions étaient prises dans des palais fermés et compartimentés, renforçant la hiérarchie entre le roi et sa cour.

«Ces maisons du conseil étaient aménagées sur de vastes places publiques, ajoute-t-elle. Leurs façades ouvertes permettaient d’observer ce qui s’y déroulait. La gouvernance devenait, en quelque sorte, plus transparente.»

Une influence accrue de la population

La datation au radiocarbone indique que la construction du bâtiment découvert coïncide avec l’arrivée au pouvoir d’un dirigeant nommé Papmalil. Sous son règne et celui de ses successeurs, de nouveaux bâtiments publics et des installations hydrauliques sont aménagés au bénéfice de l’ensemble de la population.

Ces éléments donnent à penser que la population ne se limitait pas à un rôle d’observatrice, mais qu’elle pouvait aussi influencer les décisions des élites. Le consensus devient alors un facteur clé du maintien du pouvoir.

L’apparition de ces salles ouvertes à colonnades témoigne ainsi d’une évolution vers une gouvernance plus collaborative, d’un engagement civil accru et d’une influence grandissante des citoyens sur la vie politique.

«Les sociétés mayas ne se sont pas effondrées, rappelle Christina Halperin. Elles ont transformé leurs institutions et leurs structures politiques. L’une de ces transformations visait à atténuer le pouvoir des rois et à favoriser des formes de gouvernance fondées sur le consensus.»

Plus largement, ces résultats confirment que les bâtiments publics ne sont pas de simples reflets de la culture. Ils participent activement à l’organisation des rapports sociaux et politiques.

Ils ne se contentent pas d’incarner les institutions: ils contribuent aussi à façonner les relations de pouvoir et la manière dont elles sont vécues, bien au-delà des cercles dirigeants.

Un chantier de recherche international

Le site d’Ucanal se trouve dans une région isolée du nord du Guatemala, près de la frontière du Belize. Son nom signifie «lieu de la montagne jaune».

Depuis 2014, Christina Halperin dirige une équipe internationale et multidisciplinaire qui étudie ce site.

Le Proyecto Arqueológico Ucanal regroupe une cinquantaine de chercheurs et d'étudiants de plusieurs établissements, dont l’Université de Montréal, l’Universidad de San Carlos de Guatemala, l’Université McGill et diverses universités américaines.

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