Des plantes pour lutter contre Ebola et la COVID-19?

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Une équipe de recherche a découvert de nouveaux antiviraux prometteurs dans des plantes et démontré leur efficacité dans des conditions expérimentales.
La découverte des chercheurs rappelle l’importance d’examiner la composition réelle des produits naturels utilisés en recherche biomédicale.

À l’heure où la communauté scientifique mondiale craint l’apparition subite d’une autre pandémie, des chercheurs et chercheuses de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) poursuivent leur quête de nouveaux agents antiviraux issus de sources naturelles. 

Dans une étude dont les résultats ont été publiés début mars dans le Journal of Natural Products de l’American Chemical Society, une équipe scientifique dirigée par le DMichel Chrétien, professeur émérite de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, et le DMajambu Mbikay, du Laboratoire d’endoprotéolyse fonctionnelle de l’IRCM, a mis au jour une nouvelle famille de molécules naturelles dotées d’une puissante activité antivirale, notamment contre le virus Ebola et le SRAS‑CoV‑2, responsable de la COVID‑19.

Une énigme scientifique résolue après 10 ans de travaux

Dès 2016, puis à nouveau en 2020, l’équipe de recherche avait montré qu’un extrait végétal riche en isoquercétine, un flavonoïde présent dans plusieurs plantes, possédait une activité antivirale marquée en laboratoire. Toutefois, une question demeurait: cette action provenait‑elle de l’isoquercétine elle‑même ou de composés présents en très faible quantité dans l’extrait? 

Pour résoudre cette énigme cruciale, le DMbikay et Annie Roy, assistante de recherche à l’IRCM, ont entrepris la tâche herculéenne de trouver «l’aiguille dans le ballot de foin», un travail intensif qui s'est étendu sur près de 30 mois. 

Ils ont pour cela établi une collaboration avec Guido F. Pauli, chimiste et grand spécialiste des produits naturels à l’Université de l’Illinois à Chicago, et le Dr Logan Banadyga, directeur du service de virologie moléculaire du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg. 

Deux molécules rares, mais extrêmement actives 

Grâce à des méthodes analytiques de pointe et à une approche rigoureuse guidée par des tests biologiques spécifiques, l’équipe a démontré que l’activité antivirale ne provenait pas de l’isoquercétine elle‑même, mais de deux composés triterpénoïdes auparavant inconnus, présents à seulement 0,4 % dans l’extrait analysé. 

Ces nouvelles molécules, baptisées «dicitriosides», se sont révélées jusqu’à 25 fois plus actives que l’extrait initial contre le virus Ebola et le SRAS‑CoV‑2 en conditions expérimentales, montrant une efficacité à des concentrations pharmacologiquement accessibles. 

«Cette découverte illustre à quel point des composés présents en quantités infimes dans la nature peuvent receler un potentiel thérapeutique majeur, explique le DMbikay. Elle rappelle aussi l’importance d’examiner en détail la composition réelle des produits naturels utilisés en recherche biomédicale.» 

Une collaboration pancanadienne et internationale 

Cette découverte fortuite est le fruit d’une vaste collaboration interdisciplinaire entre l’IRCM, l’Université de l’Illinois à Chicago et le Laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la santé publique du Canada, qui est équipé d’installations hautement sécuritaires pour manipuler les virus extrêmement dangereux.   

«Bien que ces travaux soient encore précliniques, ils ouvrent des perspectives intéressantes pour trouver de nouveaux antiviraux à large spectre issus de produits naturels», affirment les auteurs. Toutefois, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.  

«Personne ne sait quand surviendra la prochaine pandémie, mais une chose est certaine: nous devons être prêts, souligne le DChrétien. Ces résultats prouvent l’importance de la recherche fondamentale de longue haleine et de la collaboration internationale pour voir venir les défis de santé publique que nous aurons à relever.»

Demandes médias

IRCM
Tél. : 514 987-5500, poste 5535
Université de Montréal
Tél. : 514 343-6111, poste 67960