Dès 2016, puis à nouveau en 2020, l’équipe de recherche avait montré qu’un extrait végétal riche en isoquercétine, un flavonoïde présent dans plusieurs plantes, possédait une activité antivirale marquée en laboratoire. Toutefois, une question demeurait: cette action provenait‑elle de l’isoquercétine elle‑même ou de composés présents en très faible quantité dans l’extrait?
Pour résoudre cette énigme cruciale, le Dr Mbikay et Annie Roy, assistante de recherche à l’IRCM, ont entrepris la tâche herculéenne de trouver «l’aiguille dans le ballot de foin», un travail intensif qui s'est étendu sur près de 30 mois.
Ils ont pour cela établi une collaboration avec Guido F. Pauli, chimiste et grand spécialiste des produits naturels à l’Université de l’Illinois à Chicago, et le Dr Logan Banadyga, directeur du service de virologie moléculaire du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg.
Deux molécules rares, mais extrêmement actives
Grâce à des méthodes analytiques de pointe et à une approche rigoureuse guidée par des tests biologiques spécifiques, l’équipe a démontré que l’activité antivirale ne provenait pas de l’isoquercétine elle‑même, mais de deux composés triterpénoïdes auparavant inconnus, présents à seulement 0,4 % dans l’extrait analysé.
Ces nouvelles molécules, baptisées «dicitriosides», se sont révélées jusqu’à 25 fois plus actives que l’extrait initial contre le virus Ebola et le SRAS‑CoV‑2 en conditions expérimentales, montrant une efficacité à des concentrations pharmacologiquement accessibles.
«Cette découverte illustre à quel point des composés présents en quantités infimes dans la nature peuvent receler un potentiel thérapeutique majeur, explique le Dr Mbikay. Elle rappelle aussi l’importance d’examiner en détail la composition réelle des produits naturels utilisés en recherche biomédicale.»
Une collaboration pancanadienne et internationale
Cette découverte fortuite est le fruit d’une vaste collaboration interdisciplinaire entre l’IRCM, l’Université de l’Illinois à Chicago et le Laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la santé publique du Canada, qui est équipé d’installations hautement sécuritaires pour manipuler les virus extrêmement dangereux.
«Bien que ces travaux soient encore précliniques, ils ouvrent des perspectives intéressantes pour trouver de nouveaux antiviraux à large spectre issus de produits naturels», affirment les auteurs. Toutefois, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
«Personne ne sait quand surviendra la prochaine pandémie, mais une chose est certaine: nous devons être prêts, souligne le Dr Chrétien. Ces résultats prouvent l’importance de la recherche fondamentale de longue haleine et de la collaboration internationale pour voir venir les défis de santé publique que nous aurons à relever.»