Le braille, un élément essentiel à l'orientation et à la mobilité des personnes aveugles

En 5 secondes Une étude de l'UdeM révèle que les spécialistes en orientation et en mobilité utilisent peu le braille avec les adultes, limitant ainsi la portée de leurs interventions auprès des personnes aveugles.
Plus qu'un outil de lecture, le braille est un moyen de se repérer dans l'espace pour les personnes aveugles. Or, la majorité des spécialistes en orientation et en mobilité l'intègrent peu ou pas à leur pratique auprès d'adultes atteints de cécité.

Pour une personne non voyante, le braille est bien plus qu'un outil de lecture. C'est aussi un moyen de se repérer dans l'espace: lire la signalisation dans un immeuble, déchiffrer les boutons d'un ascenseur, interpréter une carte tactile tridimensionnelle… 

Or, la grande majorité des spécialistes en orientation et en mobilité, qui sont formés pour aider les gens ayant une basse vision ou ceux qui sont aveugles à se déplacer de façon autonome et sécuritaire, intègrent peu ou pas le braille à leur pratique avec des adultes.  

C'est ce que révèle une étude menée par Joseph Paul Nemargut et Natalina Martiniello, professeurs adjoints à l'École d'optométrie de l'Université de Montréal, et Marie Mansour, spécialiste en orientation et en mobilité. 

Utilisation rare ou inexistante du braille

L'étude repose sur un sondage réalisé entre mai et décembre 2021 auprès de 44 spécialistes en orientation et en mobilité travaillant au Canada et aux États-Unis. Les deux pays ont été retenus parce que leurs modèles de formation universitaire sont similaires. Le profil des répondants reflète la réalité de cette profession: 86 % de femmes, une moyenne d'âge de 46 ans et une expérience de 17 ans en moyenne. 

Les résultats indiquent que 84 % des participants utilisent rarement le braille dans leur pratique ou ne l’utilisent jamais. Cette proportion grimpe à 90 % chez ceux qui travaillent exclusivement avec des adultes. À l'inverse, parmi les spécialistes dont la clientèle est uniquement constituée d'enfants, seulement 44 % disent l'utiliser rarement et aucun n'a répondu «jamais». 

«Les spécialistes pensent que le braille est utile, mais il est davantage employé avec les enfants», mentionne Natalina Martiniello. Selon elle, plusieurs facteurs expliquent cet écart. Les adultes en réadaptation visuelle apprennent le braille avec un spécialiste de la réadaptation visuelle. Mais une explication plus préoccupante ressort: les spécialistes qui travaillent avec des adultes se sentent moins à l'aise avec le braille et ce manque de confiance se répercute directement dans leur pratique. 

Une formation à réévaluer

Fait à noter, la moitié des participants ont étudié le braille dans leur programme universitaire, tandis que les autres l'ont appris à l'extérieur de ce cadre.  

Si la majorité d’entre eux se disent globalement satisfaits de leurs connaissances, 39 % ne le sont pas et, surtout, 59 % se déclarent indifférents ou insatisfaits quant à la formation reçue à l'université.  

Ce mécontentement est notamment prononcé chez les spécialistes dont la clientèle est adulte: seuls 40 % d'entre eux se disent satisfaits de leur formation, contre 89 % chez ceux qui ne travaillent qu'avec des enfants. 

Selon Joseph Paul Nemargut, ce contraste s'explique en partie par le fait que les spécialistes qui interviennent auprès des enfants sont plus souvent doublement diplômés – à la fois comme spécialistes en orientation et en mobilité et comme enseignants pour élèves ayant une déficience visuelle –, ce qui leur assure une connaissance plus approfondie du braille. 

Malgré ces lacunes perçues, seulement 25 % des répondants estiment avoir besoin de formation supplémentaire. Pourtant, 41 % jugent qu'un cours complet de braille devrait être intégré aux programmes universitaires en orientation et en mobilité et 55 % estiment que la maîtrise du braille devrait faire partie des exigences de la profession. 

Agir avant la perte de vision

Pour Joseph Paul Nemargut, les enjeux vont au-delà de la compétence individuelle: un spécialiste qui ne maîtrise pas le braille orientera moins spontanément ses clients vers cet outil. «La formation continue est un moyen de se doter des compétences de base», souligne-t-il, rappelant que les occasions d'apprentissage en ligne ont facilité l'accès à ces ressources. 

Natalina Martiniello insiste sur l'importance d'intervenir tôt: «Lorsqu'il y a une baisse progressive de la vue, le plus tôt est le mieux pour apprendre le braille, car lorsque survient un changement dans la vision ou la perte de vision, la personne est prête à utiliser ses compétences non visuelles.» 

Les auteurs concluent que leurs résultats appellent une révision des programmes universitaires en orientation et en mobilité, avec une attention particulière portée à la formation destinée aux professionnels qui accompagnent des adultes. 

Le programme de maîtrise qui forme les futurs spécialistes en orientation et en mobilité à l'École d'optométrie de l'Université de Montréal propose depuis longtemps l’apprentissage du braille à l'ensemble des étudiants et étudiantes. Une avancée concrète et, selon les chercheurs, une nécessité pour garantir une réadaptation de qualité à tous les âges. 

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