Si les municipalités sont conscientes des enjeux liés à l’IA (transparence, équité, protection des données), leur capacité à agir est limitée par leur dépendance aux acteurs externes tels que les fournisseurs de technologies et différents organismes.
«C’est difficile de parler d’utilisation responsable quand il y a un manque de souveraineté sur les plans à la fois technologique et cognitif», selon Leandry Jieutsa. La plupart des outils reposent sur des solutions développées par de grandes entreprises comme Microsoft, Google ou OpenAI, ce qui soulève des questions quant au contrôle des données et des équipements. De plus, l’opérationnalisation des principes reste floue. «Les villes doivent avoir des outils concrets pour rendre opérationnels les principes de l’IA», souligne le doctorant, qui prône la mise en place de registres municipaux d’IA et de normes d’achat des solutions d’IA.
Le chercheur propose également de structurer l’écosystème local en croissance pour une mutualisation des ressources économiques, technologiques et cognitives qui interviendrait dans le cycle de vie de l’IA. «Il pourrait s’agir d’une infrastructure infonuagique partagée, d’employés qui travaillent pour plusieurs municipalités ou encore de financer l’élaboration de solutions en groupe», illustre-t-il. Cette approche permettrait de réduire les coûts, de renforcer l’autonomie des municipalités et de limiter leur dépendance aux acteurs externes.
Le recours à des solutions en libre accès est aussi envisagé, notamment pour concevoir des outils adaptés à des besoins précis, ce qui favoriserait une forme de solidarité technologique entre municipalités.
Leandry Jieutsa insiste sur la nécessité de renforcer les capacités internes afin que les municipalités puissent mieux comprendre et encadrer les technologies qu’elles utilisent.
Plus largement, il soutient que la transformation numérique responsable des municipalités par l’IA est un facteur de croissance pour l’écosystème provincial de l’IA. «Les municipalités constituent un milieu preneur important pour l’IA», affirme-t-il. Un plus grand déploiement permettrait donc non seulement d’améliorer la fourniture de services aux citoyens et la performance des municipalités, mais également d’accélérer le développement souverain de l’IA dans lequel le gouvernement est lancé.