La forêt, entre nature et culture

En 5 secondes Des visions de la forêt diamétralement opposées doivent souvent cohabiter. La professeure Sara Teitelbaum a organisé un colloque pour explorer les diverses représentations sociales de la nature.
Les recherches de Sara Teitelbaum portent sur la gouvernance forestière et les dimensions sociales de la forêt.

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Le 93e Congrès de l'Afcas Article 3 / 7

Durant la pandémie, nombreux sont les citadins qui ont élu domicile en région. «Ces différentes populations ont dû apprendre à cohabiter autour de la forêt, et dans certains cas une nouvelle dynamique s’est installée qui inclut une plus grande résistance pour ce qui est des coupes forestières», croit Sara Teitelbaum, professeure au Département de sociologie de l’Université de Montréal. 

Celle dont les recherches portent sur la gouvernance forestière et les dimensions sociales de la forêt a ainsi décidé de se pencher dans son plus récent projet de recherche sur la question des représentations sociales de la forêt, plus particulièrement dans les Laurentides, une région prisée par les néoruraux montréalais. «Je souhaite comprendre comment les dynamiques urbaines et rurales s’entrecroisent autour de la question forestière: perception de la forêt, valeur qu’on lui accorde, éthique entourant les pratiques forestières, usages, etc.», explique-t-elle.

À l’occasion du 93e Congrès de l’Acfas, la professeure a voulu rassembler des spécialistes de tous horizons qui travaillent sur les représentations sociales de la nature, une question à la croisée de plusieurs disciplines. «Il existe de nombreux travaux intéressants et multidisciplinaires, mais ils sont peu visibles. À ma connaissance, il n’y avait jamais eu de colloque réunissant ces chercheurs et chercheuses», affirme Sara Teitelbaum. Étudier les représentations sociales de la nature s’avère pourtant essentiel dans cette ère de l’Anthropocène pour favoriser une compréhension des fondements de l’action publique et des leviers de l’éducation relative à l’environnement. 

Le colloque du 11 mai, intitulé «Les représentations sociales de la nature: concepts, méthodes et approches pluridisciplinaires d’un objet complexe», a été coorganisé par Sara Teitelbaum et deux doctorantes, Manon Boiteux et Claire Burnel. Les différentes conférences ont permis d’aborder les champs thématiques, les méthodologies comme les outils de collecte de données, de même que les retombées scientifiques et sociales de ces études. Sara Teitelbaum a quant à elle présenté les avancées de son nouveau projet de recherche.

Quand deux mondes se rencontrent

Ce projet se divise en deux volets: les représentations sociales et la participation citoyenne. Avec Claire Burnel, Sara Teitelbaum a tout d’abord effectué une revue de la littérature sur le sujet. Dans un deuxième temps, la professeure a amorcé une recherche qualitative qui vise à brosser un tableau de la gouvernance locale (MRC, municipalités, groupes citoyens, tables de concertation). Elle s’intéresse aux forêts publiques dans la partie sud des Laurentides, aux croisements entre l’ancien et le nouveau. 

«Nous avons relevé quatre études de cas menées dans des endroits où la communauté ou la municipalité se mobilisent contre les coupes forestières ou pour un changement dans les pratiques», note-t-elle. Des représentants de ces quatre régions ont soumis des candidatures pour qu'elles deviennent des aires protégée, un processus amorcé par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. «Tout ça se chevauche», constate-t-elle. L’équipe de recherche a aussi commencé à mener des entretiens qualitatifs avec les divers acteurs pour explorer leur rapport à la forêt, leur récit de vie, leur usage de la forêt et leur vision d’avenir. 

Défaire les préjugés

Même si la recherche vient de débuter, Sara Teitelbaum nuance déjà des stéréotypes: «Ce ne sont pas toujours les nouveaux résidants qui veulent changer la donne par rapport aux pratiques forestières; les aspirations de conservation sont souvent aussi le fait des municipalités elles-mêmes», indique-t-elle. 

En effet, plusieurs acteurs municipaux sont bien conscients de la valeur du récréotourisme et des avantages de protéger les milieux naturels dans une optique d’usage multiple. «Il s’agit de forêts sous forte pression. Dans plusieurs coins des Laurentides, j’observe des mobilisations qui semblent rallier des citoyens d’horizons différents», remarque Sara Teitelbaum, qui espère ainsi mieux comprendre l’entrecroisement et l’évolution des valeurs et des représentations.

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