Quand une vidéo de femme battue par des agents de l'État en Iran cumule cinq millions de vues sur Instagram, que se passe-t-il dans le regard de ceux et celles qui la visionnent? Melika*, doctorante en études cinématographiques à l'Université de Montréal, a fait de cette question le cœur d'un projet de recherche-création intitulé «Femmes battues en Iran: archives, vidéos policières et violence d'État» qu'elle a présenté au 93e Congrès de l'Acfas.
C'est en janvier dernier que tout s'est cristallisé, tandis qu’une vidéo circulait massivement sur les réseaux sociaux iraniens: une femme se faisait battre par des forces de l'ordre. Originaire de Téhéran et arrivée à Montréal il y a quelques années, Melika l’a visionnée comme des millions d'autres personnes. Elle n'a pas reçu de coups, «mais mon âme a encaissé chaque image comme une gifle», dit celle qui connaît bien le geste d'autorité, la main qui se pose sur l'épaule, la voix qui intime de se couvrir les cheveux…
En tant qu'artiste-chercheuse féministe en contexte diasporique, elle ne considère pas cette distance comme une mise à l'écart, mais bien comme une responsabilité. Deux semaines après le début des manifestations, elle soumet une proposition de communication à l'Acfas. Elle a besoin d'en parler en tant que chercheuse.