Trois finalistes représentent l’UdeM à «La preuve par l’image»

  • Forum
  • Le 14 mai 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
La reconstitution d’une supernova géante, une population de roseaux prise en photo à partir d’un drone et un enchevêtrement de neurones observé au microscope électronique sont les images retenues par le jury du concours «La preuve par l’image», auquel l’Université de Montréal a participé.

La reconstitution d’une supernova géante, une population de roseaux prise en photo à partir d’un drone et un enchevêtrement de neurones observé au microscope électronique sont les images retenues par le jury du concours «La preuve par l’image», auquel l’Université de Montréal a participé.

Crédit : Charles Ducrot, Étienne Laliberté et Nicole St-Louis.

En 5 secondes

L’UdeM compte trois représentants au concours «La preuve par l’image» de 2019, en plus de deux finalistes de Polytechnique Montréal. Ils expliquent leurs motivations et leurs chances de l’emporter.

Un enchevêtrement de neurones observé au microscope électronique, une photo d’une population de roseaux prise à partir d’un drone et la photo d'une supergéante sont les images retenues par le jury du concours La preuve par l’image, auquel l’Université de Montréal a participé. Deux images de Polytechnique Montréal signées Olivier Gazil et Pierre-Alexandre Goyette sont aussi finalistes.

Depuis 10 ans, l’Association francophone pour le savoir‒Acfas organise un concours annuel des meilleures «images originales réalisées par des chercheurs de toutes disciplines dans le cadre de leurs travaux scientifiques». Cette année, 20 images sont finalistes. Elles sont exposées au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal. Le public est invité à voter d’ici le 15 septembre pour son image préférée sur le site de Radio-Canada.

Nous avons interrogé les participants de l’UdeM sur leurs motivations à utiliser l’image pour soutenir leur travail.

«L’élément moteur», de Charles Ducrot (médecine)

  • Issu d’une région du cerveau appelée «substance noire compacte», ce neurone dopaminergique intrigue et fascine.

    Crédit : Charles Ducrot, Université de Montréal

Pourquoi avoir participé au concours «La preuve par l’image»?

Depuis le début de mon doctorat, la microscopie fait partie intégrante de mes recherches sur les neurones dopaminergiques. Avec cette technique, on est capable de percevoir en haute définition des neurones dans leur globalité. En réalisant cette image, un peu au hasard, je me suis dit que ça pourrait permettre au public de visualiser un neurone autrement que par les schémas qu’on trouve dans les livres de biologie.

Et pourquoi cette image a-t-elle des chances de l’emporter?

Il est plus difficile de répondre à cette question! Les images présentées cette année sont d’une grande qualité et certaines sont très spectaculaires. Cependant, le cerveau d’une façon générale intrigue autant qu’il fascine. Je pense que la curiosité du public, qui verra pour la première fois un neurone, sera un atout.

«Détecter l'envahisseur par drone», d’Étienne Laliberté (sciences biologiques)

  • Au Canada, le roseau commun est l’une des plantes exotiques parmi les plus envahissantes.

    Crédit : Etienne Laliberté, Université de Montréal

Quelle a été votre motivation pour participer à ce concours?

Depuis 2018, je dirige l'Observatoire aérien canadien de la biodiversité et nous utilisons les drones pour des prises de vue. Nous avions de belles photos faites par drone et j'ai pensé que ce concours serait une vitrine toute désignée pour notre projet.

Et quelles sont vos chances de gagner?

Les vues aériennes par drone nous offrent la chance de voir la végétation différemment. Je crois que cette photo illustre bien qu’un type de végétation de friches qui nous laisse indifférents vue du sol ‒ car le roseau est très commun dans le sud du Québec ‒ peut être très belle esthétiquement lorsqu'on la regarde sous un autre angle.

«Splendeurs et misères d’une supergéante», de Nicole St-Louis (physique), avec la collaboration de Laurent Drissen et Marcel Sévigny (Université Laval)

  • Au cœur de cette gigantesque bulle de gaz se cache une étoile de type Wolf-Rayet.

    Crédit : Laurent Drissen, Marcel Sévigny et Nicole St-Louis, Université Laval et Université de Montréal

Pourquoi avoir soumis cette image d’une supergéante au concours «La preuve par l’image»?

Laurent Drissen, qui a soumis notre image, est le concepteur de l’instrument avec lequel elle a été obtenue. J’ai la chance de collaborer avec lui et l’étudiant au doctorat Marcel Sévigny dans mes travaux sur cet objet pour tenter d’en apprendre un peu plus sur l’évolution des étoiles massives et sur leur action sur le gaz interstellaire dans leur environnement immédiat. Pour nous, cette image est immensément riche en informations. On dit qu’une image vaut mille mots, mais je dirais qu’un spectre vaut mille images. Et justement, grâce à l’instrument Sitelle, nous avons un spectre de haute qualité pour chaque position ou pixel dans cette image. Ces spectres nous permettent d’étudier la morphologie, la densité, la température, les proportions de divers éléments, les vitesses et les degrés d’ionisation et d’excitation du gaz qui constitue cette nébuleuse entourant une étoile massive évoluée. De plus, nous sommes d’avis que c’est une image d’une grande beauté qui frappe l’imaginaire et qui montre directement l’effet spectaculaire qu’ont les étoiles massives sur leur environnement. C’est donc une image totalement appropriée pour le concours.

Pourquoi votre image pourrait-elle l’emporter?

Je pense que les images astronomiques et tout particulièrement celles de nébuleuses comme la nôtre exercent une attraction particulière sur le public par leur grande beauté et ce qu’elles évoquent. Notez cependant que c’est quand même tout un art de produire une telle image à partir de données brutes. Au-delà du traitement numérique et mathématique nécessaire, il y a également une composante plus artistique et ce sont les talents de mon collègue Laurent qui ont permis un tel résultat.

Polytechnique s’illustre

Avec son image «Chimie verte en or», similaire à une éponge de cuisine plaquée or grossie 32 fois à l’aide d’un microscope électronique, Olivier Gazil s’est hissé parmi les finalistes de La preuve par l’image. «Ce réseau d’alvéoles appartient à une simple éponge de cuisine en polyuréthane… mais qui est entièrement plaquée d’or! Plus précisément, de nanoparticules d’or pur», explique-t-il. Ce métal, réactif à l’échelle nanométrique, «peut servir de catalyseur dans des procédés de chimie verte». La porosité de l’éponge permet aux molécules de réagir avec la multitude des surfaces de contact des alvéoles.

Pour réaliser ses «Traînées d’étoiles microfluidiques», Pierre-Alexandre Goyette a superposé 10 photographies prises grâce à un microscope à fluorescence. «Un fluide est injecté dans une ouverture située au centre de l’image. Il se retrouve emprisonné dans un mince interstice, baigné aussi de fluide et réaspiré par une deuxième ouverture située à droite de l’image. À cette échelle du micromètre, les fluides ne connaissent pas de turbulence. Ils s’écoulent de manière laminaire, comme en témoignent les microbilles fluorescentes scintillant dans le noir. Le contrôle précis des fluides sur des surfaces permet l’amélioration de tests biomédicaux nécessitant le marquage de tissus biologiques.»