Bébés nés avec un déficit immunitaire rare: un nouveau test pour mieux cibler les soins

Ce syndrome est caractérisé par une absence totale de fonctions du système immunitaire, notamment une absence de lymphocytes T, des globules blancs dont le rôle est crucial dans la défense immunitaire de l’organisme.

Ce syndrome est caractérisé par une absence totale de fonctions du système immunitaire, notamment une absence de lymphocytes T, des globules blancs dont le rôle est crucial dans la défense immunitaire de l’organisme.

Crédit : Getty

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Un test mis au point au CHU Sainte-Justine permettra une meilleure prise en charge des patients atteints d’un déficit immunitaire combiné sévère.

Les résultats de ces travaux sont présentés aujourd’hui dans le journal Blood Advances, publié par l’American Society of Hematology. Le dépistage néonatal systématique en Amérique du Nord, bien qu’encore non disponible au Québec, a entraîné une augmentation du nombre de patients qui ont reçu un diagnostic de déficit immunitaire combiné sévère (DICS) au cours des dernières années.

Ce syndrome, regroupant une famille de maladies génétiques héréditaires très rares, est caractérisé par une absence totale de fonctions du système immunitaire, notamment une absence de lymphocytes T, des globules blancs dont le rôle est crucial dans la défense immunitaire de l’organisme. Sans traitement adapté, cette maladie est mortelle dans la majorité des cas dès les premiers mois de vie.

Bien que de nombreux gènes en cause dans le DICS aient été découverts, les cliniciens rencontrent parfois des patients qui ne présentent aucune anomalie génétique mise au jour.

L’origine du problème

«C’est très frustrant. Chez environ sept pour cent des patients, nous ne pouvons pas prodiguer des soins optimaux, car nous ne connaissons pas la cause génétique du déficit immunitaire», souligne le Dr Elie Haddad, immunologue pédiatrique au CHU Sainte-Justine et expert dans le domaine du DICS.

«Deux traitements s’offrent à nous, selon la nature du gène muté: soit une greffe de moelle osseuse, soit une greffe du thymus, poursuit le Dr Haddad, qui est aussi professeur de pédiatrie à l'Université de Montréal. Encore faut-il pouvoir déterminer la forme de la maladie pour choisir l’option thérapeutique.»

Le gène incriminé peut perturber les cellules souches hématopoïétiques de la moelle osseuse qui ne parviennent pas naturellement à devenir des lymphocytes T ou altérer le fonctionnement du thymus. Le thymus est un organe au sein duquel les globules blancs immatures provenant de la moelle osseuse «apprennent» à devenir des lymphocytes T.

Lorsque les médecins ne réussissent pas à découvrir la cause réelle du DICS, ils se tournent généralement vers une greffe de moelle osseuse. Premièrement, elle est plus facile à réaliser et, deuxièmement, parmi les gènes connus, un plus grand nombre sont responsables d’un dysfonctionnement des cellules hématopoïétiques plutôt que d’un mauvais fonctionnement du thymus. Cependant, connaître l’origine de la maladie est critique, car si c’est le thymus qui ne fonctionne pas, alors la greffe de moelle osseuse n’aura aucun effet et vice versa.

«Compte tenu de ce besoin clinique, notre objectif était de créer un test fonctionnel en prélevant un tout petit volume de sang périphérique plutôt qu’un échantillon de moelle osseuse, une manœuvre plus complexe à exécuter chez les bébés et plus invasive qu’une simple prise de sang», mentionne Panojot Bifsha, premier auteur de l’étude.

En utilisant une quantité limitée de sang (de trois à cinq millilitres), le laboratoire ne parvient à isoler qu’un très faible nombre de cellules souches. Grâce à un test recourant à une culture en 3D qui reproduit la fonction d’un thymus humain, on arrive à tester ce petit nombre de cellules et à obtenir une réponse en moins de cinq semaines. Si les résultats sont normaux, il faut opter pour la greffe de thymus. Si les résultats sont anormaux, alors la greffe de moelle osseuse est à privilégier.

«L'originalité de notre système de culture en 3D est qu'il permet de tester un très petit nombre de cellules souches qui circulent dans le sang et d’avoir une réponse assez rapidement. Nous avons reçu des échantillons de sang des quatre coins de l’Amérique de Nord qui nous ont permis de valider notre méthode», ajoute le Dr Haddad.

Une étude similaire conduite aux National Institutes of Health aux États-Unis à partir d’échantillons de moelle osseuse conclut aux mêmes résultats, prouvant ainsi la fiabilité du test conçu au CHU Sainte-Justine à partir d’un échantillon de sang. Cette étude est également publiée dans le journal Blood Advances aujourd’hui.

Plaque tournante des soins et de la recherche pour les enfants atteints de maladies rares ou graves au Québec, le CHU Sainte-Justine compte maintenir sa longueur d’avance dans des créneaux de recherche où il se démarque, comme la génétique des maladies rares et les traitements innovants en médecine de précision.

Des études supplémentaires devront être réalisées pour continuer à valider le test et permettre de l’utiliser sur davantage de patients.

L’équipe de recherche fait partie du Consortium pour le traitement de l'immunodéficience primaire (Primary Immune Deficiency Treatment Consortium ou PIDTC), qui regroupe 44 centres nord-américains. Ce consortium, financé par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), a pour objectif d’améliorer le traitement des déficits immunitaires et d’accélérer le transfert des connaissances vers la clinique. Le Dr Haddad siège au Steering Committee de ce consortium et est coresponsable du protocole de recherche spécifique du DICS.

À propos de cette étude

L’article «Diagnostic Assay to Assist Clinical Decisions for Unclassified Severe Combined Immune Deficiency» a été publié en juin 2020 dans le journal Blood Advances. L’auteur principal est le Dr Elie Haddad, clinicien-chercheur en immunologie pédiatrique, chef du service d’immunologie et de l’axe de recherche Maladies immunitaires et cancers au CHU Sainte-Justine ainsi que professeur titulaire au Département de pédiatrie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Le premier auteur est Panojot Bifsha, membre du personnel de laboratoire sous la direction du Dr Haddad. L’étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, la Chaire de recherche de la Banque de Montréal en immunologie pédiatrique et le PIDTC (NIAID).

À propos du CHU Sainte-Justine

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine est le plus grand centre mère-enfant du Canada et le 2e plus important centre pédiatrique d'Amérique. Il est membre du grand réseau d'excellence en santé de l'Université de Montréal (RUIS). Il compte 5 457 employés dont 1 532 infirmiers et infirmières auxiliaires et 1 000 professionnels en soins, 520 médecins, dentistes et pharmaciens, 822 résidents et plus de 204 chercheurs, 411 bénévoles, 4 416 stagiaires et étudiants de toutes disciplines. Le CHUSJ comprend 484 lits dont 67 au Centre de réadaptation Marie Enfant (CRME), seul centre dédié exclusivement à la réadaptation pédiatrique au Québec. L'Organisation mondiale de la santé a reconnu le CHU Sainte-Justine « hôpital promoteur de la santé ».

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