Des ailes pour L'extension

Le centre de soutien en pédagogie et en santé regroupe une équipe interdisciplinaire composée d’étudiants stagiaires et de professeurs superviseurs de l’Université de Montréal.

Le centre de soutien en pédagogie et en santé regroupe une équipe interdisciplinaire composée d’étudiants stagiaires et de professeurs superviseurs de l’Université de Montréal.

Crédit : Benjamin Seropian

En 5 secondes

Au début 2020, l’organisme L’extension s’est installé dans ses propres locaux pour accueillir encore plus d’enfants dans le besoin.

L’extension, c’est une histoire de solidarité entre les familles de Parc-Extension, les écoles du quartier, des professeurs et des étudiants de l’UdeM. L’organisme soutenu par la Fondation Marcelle et Jean Coutu a pris de l’expansion en 2020 et s’est installé dans ses propres locaux pour accueillir encore plus d’enfants du voisinage. 

«Quatorze ans se sont écoulés entre l’idée de L’extension et aujourd’hui», dit Louise Poirier, instigatrice du projet et ancienne doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UdeM. Si l’objectif initial était d’aider les étudiants en éducation à apprivoiser les milieux défavorisés tout en redonnant à la communauté, L’extension a grandi en tissant des liens et des partenariats dans la communauté. Le centre de soutien en pédagogie et en santé regroupe une équipe interdisciplinaire composée d’étudiants stagiaires et de professeurs superviseurs de l’Université de Montréal. Il offre notamment des services en orthopédagogie, en optométrie et en médecine dentaire aux enfants du quartier Parc-Extension. 

«Le quartier Parc-Extension fait face à de grands défis, et l’aide est parfois difficile à implanter», rappelle Marie-Josée Coutu, présidente de la Fondation Marcelle et Jean Coutu. Enclavé, multiethnique et densément peuplé, il compte plus de 55 % d’immigrants. Ce n’est pas toujours évident lorsqu’on est nouvel arrivant, et qu’on ne parle pas français, de naviguer à travers les services ou de faire appel à des orthopédagogues pour ses enfants. Afin que le centre soit proche des enfants et de leurs familles, la Commission scolaire de Montréal avait prêté en 2014 deux salles de classe maternelle inutilisées de l’école Barclay, le temps qu’il réunisse des fonds pour établir un foyer permanent dans le quartier. Près de six ans plus tard, le centre s’est installé dans de nouveaux locaux de 540 m2 (6000 pi2), situés à deux pas de la station de métro Acadie. 

Grâce aux nouvelles salles, d’autres facultés se joindront à celles des sciences de l’éducation et de médecine dentaire et à l’École d’optométrie. L’extension pourra aussi soutenir des adolescents des écoles secondaires, ce qu’elle ne pouvait faire à l’école Barclay. 

Un projet devenu grand

La clé du succès du centre L’extension? Son évolution progressive. «L’extension a pris le temps de regarder ce dont le milieu avait besoin», fait valoir Hélène Éthier, ancienne directrice de l’école Barclay. 

Le centre a ainsi pu prendre son envol en offrant des services d’orthopédagogie après les heures de classe. Christian Casanova, à l’époque directeur de l’École d’optométrie, et Gilles Lavigne, alors doyen de la Faculté de médecine dentaire, proposent rapidement d’apporter leur expertise au projet. «Près de 80 % de l’apprentissage passe par la vision et de 25 à 30 % des élèves de milieux défavorisés ont besoin d’une correction immédiate de la vue», constate M. Casanova. 

Aux services d’orthopédagogie se sont donc ajoutés des services de dépistage en santé dentaire et visuelle tout à fait gratuits. «Ces services sont complémentaires à ce qui se fait dans le quartier, il n’a jamais été question de les remplacer», insiste Mme Poirier. L’extension prend ainsi le relais lorsque l’assurance maladie ne couvre pas les services: orthophonie, examen de la vue et lunettes gratuites, traitement en orthodontie et bientôt détection en audiologie. Une multitude d’unités d’enseignement deviendront progressivement parties prenantes du projet: sciences infirmières, nutrition, travail social, psychologie, etc. Les élèves sont par ailleurs redirigés vers les autres cliniques de l’Université de Montréal pour compléter les traitements qui ne sont pas offerts par L’extension. 

Financement imaginatif

«Le projet de L’extension dépasse le cadre universitaire habituel. Pour faire vivre ce projet hors norme, il fallait trouver un moyen de le financer», indique Mme Poirier. La professeure a ainsi mis sur pied Les tricots de la doyenne, un club de tricot qui rapporte environ 3000 $ par année encore aujourd’hui. Son premier don lui a même été offert par un chauffeur de taxi: «Madame tricote?» lui avait demandé ce dernier. «Je me suis dit que, si l’on touchait un chauffeur de taxi qui avait d’autres problèmes à gérer dans sa vie, on avait un projet gagnant», se souvient-elle. 

Mme Poirier a ensuite trouvé dans la Fondation Marcelle et Jean Coutu une alliée qui est engagée financièrement dans le projet depuis quelques années. Après cinq ans à l’école Barclay, le besoin d’un endroit à soi était devenu pressant. Encore plus lorsque les classes temporairement prêtées ont dû être reprises par l’école pour accueillir un nombre croissant d’enfants. Grâce à plus de 350 donateurs, et à la Fondation Marcelle et Jean Coutu, qui a fait un don de deux millions de dollars, L’extension a trouvé des locaux à la hauteur de ses ambitions. Dans le hall de la nouvelle clinique, un mur des donateurs, composé de tuiles colorées, viendra d’ailleurs souligner l’appui de tous ces bienfaiteurs. 

Des liens qui font grandir

Baigné de lumière et situé au-dessus du chic restaurant Beau Mont, l’endroit ne risque-t-il pas d’intimider? «J’ai eu des craintes, confie Mme Poirier, mais l’accueil, notamment du comité de bon voisinage, a été chaleureux. Et les enfants vont être dans de beaux locaux!» L’école Barclay continuera par ailleurs de faire le lien entre les parents, la communauté et l’Université. «L’extension, c’est la passerelle avec le quartier», poursuit Marie-Josée Coutu, qui est aussi diplômée de l’UdeM et de HEC Montréal. 

L’extension se veut également un lieu de formation pour les étudiants et étudiantes de tous les cycles. En rassemblant plusieurs disciplines dans un lieu, cette première expérience de multidisciplinarité enrichira autant l’apprentissage que les services aux familles. Les salles sont équipées de caméras, ce qui permettra à des professeurs d’observer les interactions ou à des étudiants de différentes unités de discuter de leurs points de vue. De cette rencontre des horizons naîtront des séminaires interdisciplinaires et un lieu de recherche unique. 

«L’extension permet d’assurer le bien-être des élèves, qui seront ensuite mieux disposés à apprendre», souligne Laila Tamda, directrice adjointe de l’école Barclay et diplômée de l’UdeM. Grâce à ce nouvel espace, le centre pourra ouvrir ses portes aux élèves de tout le quartier, dont ceux du secondaire, et éventuellement à leurs parents et familles.