La petite fille est née il y a environ 10 000 ans, après la fin de la dernière période glaciaire dans ce qui est aujourd'hui la Ligurie, une région du nord-ouest de l'Italie, mais elle a vécu moins de deux mois. Après sa mort, elle a eu droit à un enterrement qui l'honorait comme une personne à part entière dans sa communauté – un indice remarquable de l'égalité des femmes à l'époque mésolithique.
C'est la conclusion tirée aujourd'hui par une équipe d'archéologues constituée de Julien Riel-Salvatore et Claudine Gravel-Miguel, de l'Université de Montréal, Geneviève Pothier Bouchard, étudiante de doctorat à l'UdeM, et de scientifiques des États-Unis, d'Italie et d'Allemagne dans une étude dirigée par des chercheurs de l'Université du Colorado et de l'Université de Gênes et publiée dans Nature Scientific Reports.
Le sexe des squelettes de nourrissons étant généralement difficile à déterminer, l'analyse multidisciplinaire de l'équipe est unique, selon ses membres: elle révèle le plus ancien cas définitif de sépulture d'une petite fille jamais documenté en Europe, et la découverte ouvre une fenêtre sur le genre et l'inclusion dans la préhistoire, disent les scientifiques, qui ont surnommé l’enfant «Neve».
«La façon dont les peuples préhistoriques enterraient leurs morts nous donne un aperçu de la manière dont ils pensaient à eux-mêmes et à leur univers», a déclaré Julien Riel-Salvatore, coauteur de l'étude, qui a participé aux fouilles archéologiques à Arma Veirana, une grotte des Préalpes ligures, où la sépulture a été mise au jour en 2017.
«Les enfants enterrés, en particulier, a-t-il dit, offrent une fenêtre unique sur l'âge auquel les gens du passé étaient considérés comme des membres à part entière de leur communauté. Cette découverte montre que, dans ce groupe mésolithique, même les fillettes nouveau-nées étaient traitées avec la considération accordée aux autres personnes.»
Claudine Gravel-Miguel ajoute: «Alors que les archéologues de la préhistoire s'occupent généralement de vestiges matériels accumulés sur de longues périodes, les sépultures fournissent des instantanés très rares de la vie de quelques individus, ce qui n'a pas de prix pour comprendre comment ils vivaient et comment ils percevaient la mort.»