Julie Carrier: Le professeur Jacques-Yves Montplaisir a mis sur pied en 1977 le premier centre canadien de recherche sur le sommeil, le Centre d'études avancées en médecine du sommeil [CEAMS], dans son minuscule bureau de l'Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal.
Je me suis jointe à l’équipe de son laboratoire quelques années plus tard et, au fil des ans, ce secteur de recherche a attiré un grand nombre de doctorants, de postdoctorants et de chercheurs, de sorte qu’aujourd’hui le CEAMS compte près de 80 personnes.
Au cours des dernières décennies, nous avons fait des pas de géant. D’abord, nous avons réalisé que la qualité du sommeil a une incidence tant sur la santé du moment des personnes qui ont un trouble du sommeil que sur leur santé à long terme. Certains marqueurs ont révélé que les troubles du sommeil peuvent accroître les risques de souffrir plus tard de diabète, d’hypertension, d’obésité et favoriser certains processus neurodégénératifs pouvant mener à des troubles cognitifs, dont la maladie d’Alzheimer.
Ensuite, les avancées technologiques nous ont permis de constater que le manque de sommeil influe pratiquement sur toutes les fonctions physiologiques.
Grâce à ces deux grandes découvertes, nous sommes passés d’un modèle qui visait à savoir comment, quand on dort moins, on parvient à rester performant à un nouveau paradigme selon lequel on comprend que le manque de sommeil a un effet à la fois immédiat et à très long terme sur le fonctionnement cérébral et physique.
Guido Simonelli: La recherche sur le sommeil attire des chercheurs de nombreux horizons, comme la cardiologie, la psychologie, les neurosciences et différentes disciplines des sciences sociales. La multidisciplinarité fait ainsi exploser les connaissances!
Le sommeil est un allié précieux pour la santé globale et dans la prévention des problèmes de santé, mais il reste un grand chemin à parcourir pour que la population et les professionnels de la santé le reconnaissent comme tel et qu’il soit considéré comme un élément primordial du bien-être de chacun.