Dans ses travaux, Paul Cliche adopte une perspective émancipatrice, libératrice et décoloniale. Or, le système de coopération que nous connaissons est marqué par une poignée de pays distribuant des fonds notamment pour la recherche et l’intervention dans le cadre de programmes de développement. Ces programmes ne seraient pas nécessairement adaptés aux communautés qu’ils visent, soulève Paul Cliche. «Les moyens de production et de diffusion des savoirs sont concentrés entre très peu de mains», avance d’ailleurs le chercheur.
La perspective solidaire demande selon lui d’écouter les collectivités avec lesquelles sont menées des initiatives de coopération pour comprendre à quoi elles aspirent. Il n'y aurait, en réalité, pas qu’une seule façon de vivre ni une seule façon de faire de la recherche ou de réaliser des projets, et c’est ce que les parties engagées dans de tels projets devraient considérer pour parvenir à une collaboration juste et équitable.
«Selon les paradigmes autochtones, il importe de voir le monde en termes d’équilibre et d’harmonie plutôt qu’en termes de croissance et d’accumulation», mentionne Paul Cliche. Cette vision qu'il retient de ses engagements en Équateur propose de rebalancer les rapports de force existants en consolidant le pouvoir d’agir des organisations des pays dits du Sud et en leur donnant l’occasion de systématiser et de partager leurs expériences, leurs valeurs et leurs projets de société.
Une véritable perspective solidaire devrait d’ailleurs permettre d’établir des rapports sociaux qui soutiendraient l’atteinte de tous les objectifs de développement durable. Pour Paul Cliche, ce sont les groupes qu’on appuie qui devraient exiger le droit à leur propre développement, voire à leurs propres modèles de société, selon leurs visions et critères. Fait non négligeable: ces groupes représentent la majorité de la population mondiale.