Une idée destructrice
Pour répondre à cette question, l’étudiant de doctorat Dominic Lauzon a eu l'idée «destructrice» de mettre en pièces une diversité de nanomachines pour voir si elles pouvaient être réassemblées. Pour ce faire, il a fabriqué des nanomachines artificielles à base d'ADN susceptibles d’être «détruites» ou fragmentées en plusieurs morceaux.
«L'ADN est une molécule remarquable qui offre une chimie simple, programmable et facile à utiliser, souligne Dominic Lauzon, premier auteur de l'étude. Nous avons fait le pari que notre expérience de “destruction” de nanomachines à base d'ADN nous aiderait peut-être à répondre à des questions fondamentales sur la création et l’évolution des nanomachines biologiques et sur celles créées par l’humain. Ce fut long, mais nous avons remporté ce pari!»
Le professeur et son étudiant ont passé des années à effectuer des validations expérimentales et théoriques qui ont démontré que les nanomachines pouvaient facilement résister à la fragmentation. Plus surprenant encore, cette fragmentation permet la création de plusieurs fonctionnalités inédites, par exemple différents niveaux de sensibilité à des variations de concentration ou de température ou encore des mutations.
Les chercheurs ont découvert que ces fonctionnalités pouvaient apparaître simplement en contrôlant la concentration de chaque composant de la nanomachine. Ainsi, en coupant une nanomachine en trois composants, ils ont constaté qu’elle s'activait de manière plus sensible lorsque la concentration des composants était élevée. En revanche, lorsque cette concentration des composants était faible, cette nanomachine pouvait plutôt être programmée pour s'activer ou se désactiver à un moment précis.
«Globalement, ces nouvelles fonctionnalités ont été obtenues simplement en découpant ou en détruisant la structure d'une nanomachine existante, dit Dominic Lauzon. Nous croyons que ces fonctionnalités pourraient améliorer considérablement les nanotechnologies humaines, comme les biocapteurs, les transporteurs de médicaments et les ordinateurs moléculaires.»