Publiés dans la revue scientifique Water Research, les résultats d’une nouvelle étude sur la présence de substances per- et polyfluoroalkylées (per- and polyfluoroalkyl substances ou PFAS) dans l’eau potable sont préoccupants: presque la totalité des échantillons analysés en contenaient.
Créées par le génie humain, ces substances chimiques, qualifiées d’éternelles, sont entrées dans notre vie quotidienne dans les années 1950. Avec leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistant aux fortes chaleurs, elles sont utilisées dans divers domaines industriels et produits de consommation courante: textiles, emballages alimentaires, mousses anti-incendies, revêtements antiadhésifs, cosmétiques dits hydrofuges, produits phytosanitaires… La liste est longue.
«Quelques études réalisées dans les dernières années démontrent qu’elles sont de nos jours présentes partout dans notre environnement et même dans l’eau potable», soutient Sébastien Sauvé, professeur au Département de chimie de l’Université de Montréal et coauteur principal de l’étude.
Comme on estime le nombre total des diverses PFAS conçues en laboratoire entre 5000 et 10 000, le professeur Sauvé et son équipe ont voulu savoir à quel point ces produits toxiques avaient contaminé les sources d’eau potable sur le territoire québécois.
Et les résultats obtenus ne laissent plus de doutes sur l’ampleur de la contamination: «Nous avons prélevé 463 échantillons dans 376 municipalités de 17 régions administratives du Québec et 99,3 % en contenaient assez pour que nous puissions détecter ces substances et les identifier dans notre laboratoire», explique le professeur Sauvé.
«Ce qui est plus préoccupant, c’est que les échantillons recueillis dans 5 municipalités québécoises dépassaient la nouvelle proposition d’objectif de Santé Canada, soit une quantité maximale de PFAS de 30 nanogrammes par litre [ng/L], annoncée pour consultation publique le 11 février dernier», poursuit-il.
Il y a plusieurs normes applicables pour les PFAS dans l’eau potable à travers le monde, mais à ce jour, aucune norme contraignante sur la concentration maximale de PFAS à ne pas dépasser dans l’eau potable au Québec et au Canada n’a été édictée. Alors, comment savoir s’il est prudent d’en consommer ou non?
Il est impossible de formuler une réponse claire à cette question légitime. Selon Santé Canada, les stations de traitement d’eau potable s'efforcent de maintenir les concentrations de PFAS dans l'eau potable au niveau le plus bas qu'il soit raisonnablement possible d'atteindre. Le seuil proposé d’un maximum de 30 ng/L est une cible basée sur la capacité de traiter l’eau et les coûts engendrés pour la traiter. Il serait contreproductif d’investir trop d’efforts pour diminuer les concentrations au-dessous de la plage de 10-30 ng/L tant qu’on n’aura pas mieux documenté les autres voies d’exposition (par la nourriture, l’air ou les produits de soins personnels). C’est utopique de penser qu’il y a un seul seuil avec une perspective binaire selon laquelle à partir de 31 ng/L, c’est «dangereux» et que, en bas de 29 ng/L, «tout va bien». En ce moment, tous les pays du monde sont à revoir et à resserrer les règlementations sur les PFAS et elles vont continuer d’évoluer rapidement (fort probablement en suivant l’historique de tous les autres polluants, en devenant de plus en plus restrictives).
«Personnellement, avec les informations scientifiques sur les effets reconnus des PFAS sur la santé, je pense qu’il faut appliquer le principe de précaution et faire le maximum possible pour diminuer notre exposition à ces substances», déclare Sébastien Sauvé.