Sur la carte combinée créée par les chercheurs et chercheuses de l’UdeM, plus les lacs d’une région sont problématiques, plus les couleurs sont claires:
- Dans l’est du Canada, la couleur dominante passe du violet dans les régions du nord au magenta dans le sud, ce qui illustre la forte utilisation des lacs de cette région (couleur bleue) aux fins d’activités récréatives comme la navigation en bateau motorisé.
- Au Québec (dans le bassin versant du Bas-Saint-Laurent entre Montréal et Québec) et en Nouvelle-Écosse (dans les environs de Halifax), les couleurs tendent vers le cyan clair, ce qui indique une forte utilisation récréative, qui s’ajoute à une écologie altérée et à un niveau modéré de menace.
- La populeuse pointe du sud de l’Ontario, où vit 20 % de la population canadienne, apparaît en blanc, ce qui révèle que les lacs y sont «altérés, menacés et utilisés de manière intensive», selon l’étude.
- Dans l’ouest du Canada, on observe des gradients de couleur analogues à ceux de l’est, notamment autour de Vancouver et de Victoria, ainsi que de Saskatoon et d’Edmonton. Les teintes tendent toutefois à être plus foncées, ce qui laisse supposer que les menaces de l’agriculture et de l’urbanisation prédominent par rapport à une faible utilisation récréative.
- Dans le sud du Manitoba, les couleurs varient de l’orange au rouge, ce qui donne à penser que la forte présence de menaces n’a eu qu’un faible effet sur l’altération des lacs échantillonnés. Dans le sud de la Saskatchewan, cependant, la couleur dominante est le jaune, ce qui indique des niveaux importants de menace et d’altération.
- Dans le nord du Canada (Québec, Ontario, Saskatchewan, Alberta et Territoires du Nord-Ouest), la couleur qui domine est le brun foncé, l’indication d’«un faible niveau de menace, d’une utilisation récréative faible ou inexistante et de faibles niveaux d’altération des lacs», conclut l’étude.
Ces travaux sont novateurs pour plusieurs raisons, selon Roxane Maranger, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en science et durabilité des écosystèmes aquatiques (niveau 1).
«D’abord, notre étude montre que l’état de santé des lacs varie d’une région à l’autre du Canada. C’est important parce que, pour comprendre l’état d’altération d’un lac, il faut le replacer dans son contexte régional, dit-elle.
«Ensuite, l’étude illustre que l’augmentation des taux d’azote et de chlorure est un indicateur manifeste de l’activité humaine. La pollution par l’azote provenant du ruissellement des engrais agricoles et des eaux usées contribue à l’enrichissement excessif des lacs en nutriments et à la formation d’algues nuisibles. Le chlorure provenant du sel de voirie, quant à lui, réduit la potabilité de l’eau et affecte les organismes qui peuvent vivre dans le lac.
«Enfin, notre étude est la première en son genre à allier des renseignements de nature sociale, soit l’utilisation des lacs à des fins récréatives, à l’état écologique des lacs et aux facteurs qui les menacent, ce qui permet de faire un portrait quantitatif global de la santé des lacs du Canada à l’échelle nationale.»
La démarche que Roxane Maranger et ses collègues du Département de sciences biologiques de l’UdeM ont adoptée dans le cadre de cette nouvelle étude devrait avoir des retombées positives au-delà de la communauté scientifique, a-t-elle ajouté.
«Le fruit de notre travail peut aisément être adapté, est facile à comprendre et peut servir à des intervenants et à des gestionnaires régionaux et locaux pour déterminer les lieux à prioriser aux fins de conservation et de restauration, dit-elle. Il peut aussi leur servir à communiquer plus efficacement l’état de santé global des lacs de leur région aux personnes qui y vivent et les inciter à changer la façon dont elles en font usage.»