Cancer du sein: un lien avec l’exposition professionnelle aux fibres textiles?

En 5 secondes L'exposition professionnelle à certaines fibres textiles pourrait être associée à un risque accru de cancer du sein postménopausique, selon une étude réalisée par une équipe de l’UdeM.
Les résultats révèlent une association possible entre l'exposition aux fibres de coton et un risque accru de cancer du sein postménopausique. Les femmes exposées à ces fibres présentaient un risque accru de cancer de 42 % comparativement aux femmes non exposées. Lorsque l'exposition survenait avant l'âge de 36 ans ou avant la première grossesse menée à terme, le risque atteignait 63 %.

Certaines fibres textiles en milieu professionnel pourraient augmenter le risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées. C'est ce que révèle l'analyse de Maymouna Myriam Ka, étudiante de maîtrise sous la direction des professeures Vikki Ho et France Labrèche, de l'École de santé publique de l'Université de Montréal. L'étudiante a examiné les données d'une étude cas témoins menée entre 2008 et 2011 auprès de 1248 femmes. 

Ses travaux, effectués en collaboration avec l'épidémiologiste Mark Goldberg, de l'Université McGill, montrent des liens potentiels entre le cancer du sein et l'exposition aux fibres de coton ainsi qu'aux fibres traitées chimiquement. Les risques semblent particulièrement élevés lorsque l'exposition survient avant l'âge de 36 ans ou avant la première grossesse. 

 

Des expositions professionnelles sous-étudiées 

En 2021, l'industrie du textile employait environ 37 000 personnes au Canada, dont 64 % de femmes. Et dès 1990, le Centre international de recherche sur le cancer avait conclu que le travail dans cette industrie était possiblement cancérogène pour l'humain, évoquant notamment les poussières de fibres et les colorants comme agents suspects. 

L'origine du projet de recherche remonte à des travaux antérieurs réalisés dans les années 1990 et 2000. «Notre équipe d'épidémiologistes s'intéresse aux expositions professionnelles qui sont sous-étudiées au pays, explique Vikki Ho. Nous nous concentrons sur les expositions professionnelles parce que les facteurs environnementaux sont aussi ceux reliés au travail, avec des concentrations plus élevées.» 

Une démarche rétrospective

La présente étude repose sur des femmes ménopausées âgées de 47 à 75 ans et résidant sur l’île de Montréal. L'analyse finale a porté sur 661 cas de cancer du sein diagnostiqués dans les différents hôpitaux montréalais qui offrent des traitements contre le cancer du sein et 587 participantes en bonne santé. 

Des entrevues individuelles détaillées ont permis de recueillir l'historique professionnel complet de chaque participante ainsi que des informations sur ses habitudes de vie.  

Pour l’évaluation de l'exposition aux fibres textiles, deux hygiénistes du travail ont examiné l'historique professionnel de toutes les participantes sans savoir si elles étaient atteintes de cancer ou faisaient partie du groupe témoin.  

Cette approche par experts, reconnue comme la référence en matière d'études rétrospectives, s'appuie sur des bases de données existantes et l'expérience professionnelle des évaluateurs pour déterminer les expositions possibles. 

Les fibres analysées comprenaient des fibres naturelles (coton, laine, lin, soie), des fibres synthétiques (polyester, rayonne, nylon, acrylique) et des fibres textiles traitées, c'est-à-dire ayant subi un traitement chimique par teinture ou finition. Pour chaque emploi, les experts ont procédé selon quatre paramètres: la confiance dans le caractère sécuritaire de l'exposition, l'intensité, la fréquence et la durée. 

 

Une fenêtre d'exposition critique 

Les résultats révèlent une association possible entre l'exposition aux fibres de coton et un risque accru de cancer du sein postménopausique. Les femmes exposées à ces fibres présentaient un risque accru de cancer de 42 % comparativement aux femmes non exposées. Toutefois, cette association devenait plus marquée lorsque l'exposition survenait avant l'âge de 36 ans ou avant la première grossesse menée à terme, le risque atteignant alors 63 %. 

«Cette observation revêt une importance particulière, puisque les tissus mammaires sont encore en prolifération durant cette période de la vie», signale Vikki Ho. Une association possible a également été observée pour les fibres textiles traitées lorsque l'exposition se produisait durant cette même fenêtre temporelle, avec un risque accru de 39 %. 

Par ailleurs, l'étude a montré une association négative entre l'exposition aux fibres de polyester et le risque de cancer du sein. L’équipe de recherche soupçonne que ces résultats pourraient être le fait de facteurs de confusion non contrôlés plutôt que d'un mécanisme biologique protecteur. 

Aucune association n'a été détectée pour les autres fibres étudiées, dont la laine, la soie, le lin, le nylon et la rayonne. 

Des résultats à interpréter avec prudence

Malgré la rigueur méthodologique de l'étude, celle-ci comporte certaines limites qui méritent d’être soulignées.  

D’une part, le nombre de participantes exposées était faible pour certaines fibres et plusieurs sous-types biomoléculaires de tumeurs, ce qui a réduit la puissance statistique des analyses effectuées. 

D’autre part, «les larges intervalles de confiance témoignent de l'incertitude entourant les estimations du risque, dit Vikki Ho. Il y aurait une association entre certaines expositions et le cancer du sein dans notre population, mais on ne peut pas être précis en termes de recommandation, il faut donc interpréter les résultats avec prudence». 

 

Une surveillance accrue nécessaire 

Ces travaux s'inscrivent dans un contexte où l'industrie textile mondiale évolue rapidement, avec des procédés de traitement et de fabrication en constante transformation. Au Canada, plusieurs usines ont été délocalisées à la fin des années 1990 et au début des années 2000, modifiant le profil des expositions professionnelles. 

«En Chine, une étude s’est penchée sur ce sujet, et il faudrait en entreprendre davantage en utilisant des devis de recherche plus adaptés», affirme Vikki Ho. La chercheuse évoque notamment la nécessité de mener des études de cohorte qui suivraient des travailleuses du textile dans le temps pour mieux comprendre les liens de causalité. 

«Nos résultats indiquent qu'une attention particulière devrait être accordée aux expositions professionnelles aux fibres de coton et aux fibres textiles traitées, particulièrement chez les jeunes travailleuses, conclut-elle. L'évolution rapide des procédés justifie une surveillance accrue et des études épidémiologiques supplémentaires tenant compte du statut ménopausique, des types biomoléculaires des tumeurs et des fenêtres temporelles d'exposition.» 

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