«En 2011, le prestigieux [magazine Time] désignait “Les protestataires” comme la personnalité de l’année. La revue nommait ainsi les nombreuses protestations sociales qui avaient fait en grande partie l’actualité dans le monde cette année-là: le Printemps arabe, les Indignés en Espagne, Occupy Wall Street aux États-Unis, les manifestations en Grèce, en Inde, en Russie. Ce choix n’est pas anodin: il traduit le sentiment que le fonctionnement des sociétés serait de plus en plus lié à des conflits sociaux, portés par des groupes ou des masses de personnes (plutôt que par des leaders politiques identifiables) et que le règlement de ces conflits se déroulerait hors de la sphère de gouvernement habituelle, dans la rue», écrit Pascale Dufour dans Les fondements institutionnels de la contestation: une double comparaison, parus aux Presses de l’Université de Montréal.
Dans cet ouvrage, la professeure de science politique propose de comprendre ce qui façonne les mouvements sociaux. En comparant la France avec le Québec entre 2005 et 2016, dans deux secteurs clés que sont le logement et l’enseignement supérieur, Pascale Dufour montre que les mobilisations ne surgissent jamais de nulle part. Loin de l’image de protestations spontanées, elles s’inscrivent dans des histoires longues, faites de politiques publiques, d’arrangements institutionnels et de relations souvent complexes entre l’État et les acteurs sociaux. Ce sont ces cadres, parfois invisibles, qui influencent la manière de se mobiliser, les revendications exprimées et les formes que prend la contestation.
À rebours des analyses centrées uniquement sur les effets des crises économiques ou sur la convergence mondiale des luttes, le livre renverse la perspective: il étudie l’influence des régimes d’intervention publique sur la protestation elle-même. En mettant en lumière le rôle du travail militant, des milieux institutionnels et des héritages nationaux et sectoriels, il éclaire les raisons pour lesquelles les mouvements sociaux ne se ressemblent pas.
Pascale Dufour nous en dit plus sur cet ouvrage.