Greffe et thérapie cellulaire: paroles de postdoctorants

En 5 secondes Créé en 2009 et reconnu par l’Université de Montréal, le postdoctorat en greffe et thérapie cellulaire de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont forme une relève spécialisée.
Yasmina Serroukh et Omar Eduardo Fernandez Vargas

Yasmina Serroukh: «Une immersion totale qui a fait de moi une greffeuse»

D’origine belge, la Dre Yasmina Serroukh a effectué un postdoctorat en greffe et thérapie cellulaire à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR). Une expérience déterminante qui a orienté sa carrière.

«Je n’avais pas prévu venir à Montréal. Tout a commencé en 2014, avec le concours Ma thèse en 180 secondes. Finaliste belge, j’ai été invitée dans la métropole pour la finale internationale. L’Université de Montréal, hôte du concours, nous offrait alors la possibilité de rencontrer des experts dans notre domaine. Comme le mien était l’hématologie et l’immunologie, on m’a mise en contact avec Denis-Claude Roy et Jean-Sébastien Delisle, hématologues à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

«Cette rencontre informelle a été déterminante. Une idée a commencé à germer: et si je revenais faire un postdoctorat ici?

«Je suis retournée en Belgique, où j’ai terminé ma formation et fondé une famille. Au moment de me spécialiser, j’ai repris contact avec Jean-Sébastien Delisle, qui m’a mise en rapport avec la Dre Sylvie Lachance, alors directrice du programme de greffe et de thérapie cellulaire de l’hôpital. En 2019, je m’installais à Montréal pour deux ans avec mon mari et mes deux enfants. Quelques mois plus tard, la pandémie frappait. Malgré tout, ces deux années ont été exceptionnelles sur les plans professionnel comme personnel.

«À l’HMR, j’ai découvert un programme d’excellence nord-américain, accessible aux médecins formés en Europe. Le postdoctorat est structuré, exigeant et complet. J’y suis entrée comme hématologue. J’en suis sortie capable de faire fonctionner un programme de greffe. C’est ce que j’en retiens: une immersion qui a fait de moi une greffeuse.

«J’ai aussi beaucoup travaillé en thérapie cellulaire, notamment autour des cellules CAR-T. Réunions cliniques, discussions interdisciplinaires, cas complexes: cela m’a permis d’acquérir une expertise reconnue et recherchée, puisque peu de formations offrent une telle plongée dans l’univers de la greffe et des traitements par cellules CAR-T.

«C’est ce qui a compté pour la suite. Aujourd’hui, je travaille à l’Erasmus MC Cancer Institute, à Rotterdam, un grand centre européen d’hématologie. Si ma candidature a été retenue, c’est en partie grâce aux liens entre les équipes de Montréal et de Rotterdam, mais surtout grâce aux compétences acquises à l’HMR. Apprendre que le programme a obtenu une cote +1 m’a rendue fière. Ça en dit long sur la qualité du programme et des équipes. 

«Les avancées en thérapie cellulaire sont rapides et les applications s’étendent bien au-delà de l’hématologie. Le défi sera de rendre ces traitements accessibles parce qu’ils sont très coûteux. Mais une chose est sûre: mon passage à l’HMR m’a fait entrer au cœur d’une médecine en pleine transformation.»

Omar Eduardo Fernandez Vargas: «Ici, on fait des choses qui se font rarement ailleurs»

Hématologue originaire du Mexique, le Dr Omar Eduardo Fernandez Vargas fait un postdoctorat à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), où il acquiert une expertise clinique et en recherche.

«Quand je cherchais où me former en greffe de cellules souches et thérapie cellulaire, notamment avec les cellules CAR-T, j’ai regardé un peu partout dans le monde: en France, en Espagne, au Canada. Et très vite, l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont s’est imposé.

«Ici, on pratique tous les types de greffes, y compris la greffe de sang de cordon chez l’adulte. À ma connaissance, cette pratique est limitée à l’échelle internationale et inexistante au Mexique. Pour moi, c’était une occasion unique d’apprentissage.

«Dès mon arrivée, et après un mois de lectures intensives, j’ai plongé dans la pratique. J’interviens à toutes les étapes. Je vois les patients dès la première consultation, je participe à l’organisation des bilans prégreffes et je présente les cas en réunion multidisciplinaire. Les décisions ne reposent jamais sur une seule personne: elles se prennent en équipe, par consensus.

«Je suis aussi les patients pendant leur hospitalisation, puis après la greffe, en consultation externe. Cela permet de comprendre l’ensemble de la trajectoire, les complications, les ajustements et le suivi à long terme.

«La formation ne s’arrête pas à la clinique. Je travaille dans le laboratoire de thérapie cellulaire. On y apprend à manipuler les greffons, à assurer leur qualité, à comprendre toute la logistique derrière une greffe. Parfois, des cellules viennent d’Europe: elles sont prélevées, transportées par avion, reçues ici, puis administrées au patient. Tout doit être parfaitement coordonné.

«Cette organisation m’impressionne beaucoup. Elle montre à quel point la greffe est un travail collectif, précis. Mais au-delà de la technique, ce qui me marque le plus, c’est l’esprit d’équipe. Quand on fait des greffes, c’est essentiel. Autour du patient, il y a les médecins, bien sûr, mais aussi les pharmaciens, les nutritionnistes, les infirmières et d’autres professionnels, bref, toute une équipe qui l’accompagne à chaque étape.

«Sur le plan scientifique, je suis convaincu que la thérapie cellulaire ne fait que commencer. Les cellules CAR-T ont déjà transformé le traitement de plusieurs cancers du sang. Et aujourd’hui, on commence à explorer ces approches pour d’autres maladies auto-immunes. Le champ des possibles s’élargit.

«Ce postdoctorat m’a aussi permis de faire de la recherche. Nous avons soumis plusieurs projets à des congrès internationaux. C’est une autre dimension importante: comprendre, mais aussi contribuer.

«À plus long terme, je souhaite retourner au Mexique et participer à la structuration de centres de référence en greffe et en thérapie cellulaire. Pour offrir ces traitements complexes, il faut concentrer l’expertise. Ce que j’ai vu ici me montre que c’est possible.»

Partager