Sarah Caouette n’avait initialement aucun intérêt pour les soins de santé: rien ne la destinait donc à une carrière en soins infirmiers. «J’avais peur de toutes sortes de choses, je m’étais dit que jamais je ne ferais ce métier!» se rappelle-t-elle. Pourtant, elle recevra le 20 août son diplôme de maîtrise en sciences infirmières et elle poursuit actuellement ses études au doctorat dans cette même discipline.
Portrait d’une diplômée engagée qui a figuré sur la liste d’honneur de la doyenne grâce à sa rigueur et à son travail dans la communauté.
Une voie loin d’être tracée d’avance
D’abord inscrite au baccalauréat en sciences biomédicales, cette fille d’entrepreneuse bifurque pourtant vers les sciences infirmières après qu’une de ses amies lui a remis un dépliant du programme de l’UdeM dans ce champ d’études. «Elle m’a dit qu’elle me verrait bien dans ce domaine. Je n’avais pas une vision très claire de ce que je voulais faire, mais je me suis lancée!» relate-t-elle.
De fil en aiguille, elle a exploré le monde des sciences infirmières et elle est aussi partie à la découverte d’elle-même. «Les études supérieures m’ont amenée à me découvrir comme personne, ce qui est important pour moi», souligne-t-elle.
Malgré les éloges reçus durant son parcours au baccalauréat, on lui reproche dans son milieu de stage… de passer trop de temps avec les patients. Les soins chirurgicaux et aux malades en phase critique ne sont pas pour elle, constate-t-elle, et elle décide de se tourner vers les soins palliatifs ainsi que les CHSLD, où le travail demande de développer une relation humaine approfondie et à plus long terme.
Entre recherche et pratique
Dès la fin de son baccalauréat, elle entame une maîtrise à temps partiel tout en continuant à travailler comme infirmière. Mais les études de 2e cycle bousculent ses plans. «Ça m’a vraiment transformée», note celle qui pensait poursuivre sa carrière d’infirmière sur le terrain. Elle envisage maintenant de faire davantage de recherche.
Elle s’est aussi découvert une passion pour la vulgarisation et la transmission des connaissances à la faveur d’une expérience de tutrice d’enseignement et de chargée de cours. «Je vois l’enseignement comme une occasion pour semer des graines, pour que les étudiantes et les étudiants apportent de petits changements dans leur pratique. Peu à peu, ça peut mener à de grandes transformations», espère-t-elle.
Sarah Caouette a aussi été l’une des rares personnes de sa cohorte à choisir la maîtrise avec stage clinique supervisé et mémoire. Grâce à ce stage d’une trentaine de jours, elle s’est immergée complètement dans le milieu clinique sur lequel elle voulait se pencher, soit les CHSLD.
Accompagner les résidents et leur famille
Ce contact avec le personnel infirmier et les gestionnaires en CHSLD lui aura permis d’acquérir une connaissance approfondie de son terrain et d’amorcer sa réflexion. «J’ai rédigé un mémoire assez imposant, de plus de 200 pages, mais tellement riche», remarque Sarah Caouette. Réalisé sous la direction d’Émilie Allard, professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières de l'UdeM, il a d’ailleurs reçu la mention exceptionnelle.
«C’est un milieu de soins extraordinaire, mais qui fait peur à plusieurs et dont on parle peu», souligne-t-elle. Il s’agit d’un accompagnement en fin de vie (mais pas uniquement), qui nécessite temps, sensibilité et attention, mais qui finit abruptement. «Cette relation, qu’on bâtit sur plusieurs mois avec les résidents et leur famille, s’arrête soudainement au décès», dit-elle. Personnel infirmier et famille n’ont plus de contacts ensuite. «Ça m’a choquée, j’avais l’impression d’abandonner ces familles. J’ai voulu creuser un peu plus là-dessus», raconte-t-elle. Dans d’autres unités, comme la pédiatrie, la pratique est différente et des politiques d’accompagnement des familles ont été mises en place.
Sarah Caouette continuera à explorer ces questions dans son doctorat, sous la direction d’Émilie Allard et de Véronique Dubé, professeure titulaire à la même faculté. «Je m’étais concentrée sur la période qui suit le décès pour la maîtrise, mais je dois faire un retour en arrière parce que je me suis rendu compte qu’il y avait du travail à faire par rapport à l’accompagnement des familles, qui doit se faire beaucoup plus tôt dans la trajectoire de vie des résidents», observe-t-elle. Au-delà des soins palliatifs, l’approche palliative permet d’intégrer l’accompagnement dans une perspective continue au fil de la trajectoire de vie des résidents et de leur famille.
«Les familles sont plus que de simples visiteurs. J’aimerais qu’elles soient perçues comme des humains à part entière, qui ont des besoins relatifs à l’accompagnement qui méritent d’être reconnus et auxquels on doit répondre», conclut-elle.