Dans une autre vie, François Dupont construisait des écoles avec des briques et du mortier. Aujourd’hui, il cherche à les transformer à l’aide de données probantes. Son but: créer des milieux de vie qui donnent aux jeunes l’envie de bouger.
Titulaire d’un diplôme d’études collégiales en génie civil, il a travaillé pendant une dizaine d’années dans l’entreprise de construction familiale. En parallèle, il a fait un baccalauréat en enseignement de l’éducation physique et à la santé à l’Université de Montréal. «La construction et l’activité physique ont toujours fait partie de ma vie», dit celui qui a fini par conjuguer ces deux univers en retournant à l’UdeM pour y entreprendre une maîtrise, puis un doctorat en sciences de l’activité physique.
Peu à peu, ce domaine d’études a pris le dessus. «J’ai réalisé que je préférais enseigner aux jeunes et faire de la recherche pour essayer de changer le monde», indique-t-il avec candeur. Cette envie d’agir, tout comme son parcours atypique, façonne aujourd’hui son regard de chercheur et de nouveau professeur adjoint à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal (EKSAP).
Pourquoi tout le monde n’aime pas bouger
Qu’est-ce qui nous donne envie de bouger et, à l’inverse, comment en vient-on à honnir l’effort? La question est d’autant plus d’actualité que les jeunes bougent moins qu’avant. L’ancien enseignant d’éducation physique y va d’une anecdote. Un jour, il propose à ses élèves de choisir entre deux activités qui exigent un effort similaire: courir autour de l’école ou faire une course d’orientation en forêt. La première fait chou blanc. La seconde? Tout le monde est partant!
Cet exemple illustre l’importance d’offrir de la variété. «Tous les jeunes ne se reconnaissent pas dans les mêmes activités. Chacun doit avoir la chance de découvrir ce qui lui plaît pour continuer de bouger à l’extérieur de l’école», mentionne-t-il.
Le choix de l’activité n’est toutefois qu’une partie de l’équation pour comprendre ce qui amène une personne à bouger ou non. «Il y a son environnement, ce qu’elle ressent, les gens autour d’elle, les expériences qu’elle a vécues», ajoute-t-il. Ses amis et ses parents bougent-ils? Son école dispose-t-elle d’un gymnase, d’une cour aménagée? Peut-il marcher ou pédaler pour s’y rendre? C’est ce qu’on appelle l’approche socioécologique: le comportement d’un jeune dépend en partie de ce qui l’entoure.
Il y a aussi l’effort. Chez une personne peu entraînée, bouger peut vite devenir pénible: le rythme cardiaque s’accélère, le souffle manque, les muscles se braquent. Faire subir un test physique exigeant à un jeune qui ne court jamais peut alors produire l’effet contraire de celui recherché. «Si son expérience est négative chaque fois qu’il bouge, on risque de renforcer son envie de ne rien faire. Il faut plutôt lui faire découvrir ce que l’activité physique peut lui apporter», fait remarquer le chercheur.
C’est justement l’influence de toutes ces expériences sur l’envie de bouger que François Dupont étudie au sein de la Chaire de recherche Kino-Québec.
L’école comme laboratoire vivant
Là où François Dupont se démarque, c’est qu’il fait de l’école son laboratoire. Il conçoit et teste sur le terrain des façons d’intégrer plus d’activité physique au quotidien. Un enfant qui n’a pas déjeuné, un autre qui s’est chicané, une classe bruyante… autant de variables impossibles à contrôler, mais qui font partie de la vie. «Si une intervention en activité physique fonctionne seulement dans des conditions optimales, qu’est-ce qu’on en fait ensuite dans une école?» se demande-t-il.
La coconstruction est donc au cœur de sa démarche. «Plutôt que d’arriver à l’école avec une intervention conçue de A à Z à l’université, on travaille avec les équipes-écoles qui devront la mettre en œuvre», explique le professeur. Il rappelle que le personnel scolaire observe souvent des phénomènes que la recherche n’a pas encore étudiés. «L’idée, c’est de créer des conditions gagnantes à la fois pour la santé physique, la santé mentale et l’apprentissage», poursuit-il.
Son regard s’étend aussi au-delà de l’école primaire, soit aux besoins des étudiantes et étudiants des cégeps et des universités et aux obstacles qui les empêchent de bouger régulièrement. Ce tableau pourrait aider à orienter les politiques publiques en matière d’activité physique.
Et si l’on apprenait en bougeant?
Autre question qui fascine le chercheur: peut-on apprendre en bougeant? Pendant son doctorat, François Dupont a étudié ce qui se passe lorsqu’on sollicite le cerveau tout en étant physiquement actif, par exemple en pédalant.
Les résultats invitent à la nuance. Le cerveau ne peut pas tout faire à la fois: plus l’effort physique augmente, plus il mobilise des ressources au détriment de la tâche cognitive. Il y a donc une limite à bouger tout en apprenant. À faible intensité, en revanche, s'activer pourrait favoriser l’attention et le bien-être. D’autres avenues restent à explorer, notamment les postes de travail debout-assis, qui ont fait leur entrée dans les classes. «C’est très à la mode, mais on ne connaît rien de leurs avantages et désavantages», dit-il.
Au postdoctorat, il a poursuivi ses travaux sur les liens entre activité physique et apprentissage avec le projet pilote Corps actif, cerveau performant, mené dans huit écoles primaires de l’Outaouais. L’approche prévoit des périodes d’activité physique avant les apprentissages ainsi que des pauses actives pour mieux disposer les élèves à apprendre.
Un retour à l’UdeM
De retour à l’EKSAP, où il a fait ses études, François Dupont ne manque pas de projets. À plus long terme, il souhaite créer des ponts entre les milieux hospitalier et scolaire pour mieux accompagner les jeunes qui retournent à l’école après un problème de santé. «Les enseignants sont un peu tout seuls», constate-t-il. Son arrivée à la Faculté de médecine pourrait justement l’aider à rapprocher ces deux environnements.
Le nouveau professeur ne cache pas non plus son enthousiasme pour l’enseignement. «J’adore travailler avec les étudiantes et étudiants, je les trouve incroyables. Ils me motivent», déclare-t-il. Dans ses cours, il aime passer de la théorie à la pratique: balados, travaux pratiques, activités au gymnase. «On essaie des choses, on se trompe, puis on recommence», dit-il.
Cette façon d’enseigner illustre sa vision: faire une place au mouvement dans le quotidien plutôt que d’en faire une activité à part. «On a fini par transformer le mouvement en quelque chose à prescrire: il faut aller au gym, s’entraîner, atteindre tel niveau d’activité physique. Pourtant, bouger devrait faire partie de la vie, comme manger ou dormir!» conclut François Dupont.