Le trille blanc: le tournesol des bois!

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  • Le 11 juin 2019

  • Martin LaSalle
Le trille blanc abonde dans les boisés de Laval. Il est aussi présent sur le mont Royal.

Le trille blanc abonde dans les boisés de Laval. Il est aussi présent sur le mont Royal.

Crédit : Simon Joly

En 5 secondes

Espèce désignée vulnérable, le trille blanc sera sous la loupe du professeur Simon Joly, du Département de sciences biologiques de l’UdeM, et de son étudiante Maryane Gradito au cours de l’été.

Avez-vous déjà eu l’impression que des fleurs vous épiaient lorsque vous marchiez en forêt? C’est après avoir éprouvé semblable sensation que le professeur associé Simon Joly, également chercheur au Jardin botanique de Montréal, a décidé d’étudier le trille blanc.

«En longeant un boisé sur le chemin du travail un matin de mai, j’ai remarqué que toutes les fleurs de trille étaient tournées vers moi, relate Simon Joly. Le lendemain, ma boussole à la main, j’ai fait un arrêt dans le boisé pour mesurer le phénomène.» Les mesures ont montré que ces fleurs étaient majoritairement orientées vers le sud, soit vers le soleil à son zénith. Mais pourquoi?

Le tournesol des bois

L'étudiante Maryane Gradito et le professeur Simon Joly

Crédit : Marion Leménager

La capacité des plantes à faire face ou à suivre le soleil s’appelle héliotropisme. Un de ses représentants le plus connu est sans doute le tournesol, mais il n’est pas le seul.

Plusieurs autres végétaux, notamment des plantes arctiques, suivent la course du soleil. «Cela permet aux fleurs d’augmenter leur température, ce qui attire les pollinisateurs, qui aiment la chaleur, mais aussi d’accélérer le développement des fruits», précise le professeur du Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal.

Le trille blanc pourrait aussi profiter des forêts sans feuilles du début du printemps pour capter plus de lumière et ainsi attirer en plus grand nombre les abeilles et les bourdons qui le pollinisent. Mais pour mieux comprendre le phénomène, davantage d’études étaient nécessaires.

La fleur qui change de cap

Depuis le début de mai, Maryane Gradito arpente les boisés lavallois pour étudier l’héliotropisme chez le trille blanc. «Les boisés de Laval sont idéals pour observer cette plante parce qu’elle y est abondante et parce qu’elle est peu broutée par les cerfs de Virginie, peu communs sur l’île», explique l’étudiante de premier cycle en sciences biologiques à l’UdeM et stagiaire pour l’été au laboratoire de Simon Joly à l’Institut de recherche en biologie végétale.

L’étude de plus de 600 fleurs provenant de trois populations de trilles blancs a confirmé les résultats préliminaires: l’orientation de ces végétaux n’est pas aléatoire et la grande majorité d’entre eux étaient orientés vers le sud ou le sud-ouest, selon la population.

L’étudiante voulait aussi voir si l’orientation des fleurs changeait au cours de la journée et les résultats l’ont surprise. «La plupart des fleurs tournaient de quelques degrés vers l’ouest pendant la journée, mais quelques rares fleurs pouvaient faire un demi-tour complet pour revenir à leur orientation initiale le soir», note-t-elle.

En somme, la poursuite du soleil n’est donc pas aussi importante qu’elle l’est pour le tournesol, mais l’héliotropisme existe bel et bien chez le trille blanc!

Un phénomène lié à une meilleure fécondité?

Un coléoptère butine une fleur de trille.

Crédit : Simon Joly

La prochaine étape de leur recherche consistera à aller cueillir les fruits et à compter le nombre de graines fécondées auprès de 300 fleurs qui étaient orientées tant au nord qu’au sud ainsi qu’à l’est et à l’ouest. Ce travail très minutieux effectué au microscope permettra de vérifier si les fleurs exposées au sud ont engendré plus de descendants que celles tournées vers les autres directions.

«Si l’héliotropisme est vraiment avantageux pour la fécondation du trille blanc, les fleurs orientées vers le sud devraient avoir un avantage reproductif et donc produire plus de graines», suggère Simon Joly.

Regardez, mais ne touchez pas!

Le trille blanc est une vedette de nos forêts tempérées au printemps. Malheureusement, il est désigné espèce vulnérable au Québec en raison, notamment, du broutage par les herbivores, des prélèvements de spécimens pour la vente et de la destruction des habitats.

Bref, interdit de le cueillir dans la nature!

«Le trille blanc nécessite un environnement riche et diversifié pour son long développement ‒ il faut près de 10 ans avant que la première fleur éclose! ‒, d’où l’importance de protéger les forêts et les espèces fragiles qui s’y trouvent, concluent les chercheurs. Nous espérons que, en comprenant mieux les mécanismes de reproduction du trille blanc et en le faisant davantage connaître du public, nous contribuerons à sa conservation.»