L’attrait pour les nouvelles négatives est répandu partout dans le monde, mais il n’est pas universel!

  • Forum
  • Le 25 septembre 2019

  • Martin LaSalle
Deux hommes lisent un journal à Mumbai, en Inde, où les chercheurs ont notamment interviewé des participants à l’étude.

Deux hommes lisent un journal à Mumbai, en Inde, où les chercheurs ont notamment interviewé des participants à l’étude.

Crédit : Stuart Soroka

En 5 secondes

Une étude internationale de grande envergure tend à démontrer que nous avons tendance à réagir davantage aux nouvelles négatives, confirmant ainsi un argument de la théorie évolutionniste.

Si vous accordez généralement plus d’attention aux nouvelles à connotation négative ‒ et plus particulièrement en cette période de campagne électorale nationale! ‒, sachez que d'autres font la même chose que vous.

Une étude menée par Patrick Fournier, publiée le 3 septembre dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, tend à démontrer que le biais de négativité serait généralisé chez la majorité des gens, ce qui concorde avec la perspective de la théorie évolutionniste sur le sujet.

«L’un des arguments de cette théorie veut que ce biais ait été avantageux pour la survie des premiers humains: s’il y avait un bruit dans les buissons à proximité d’un plan d’eau, on s’enfuyait sans se demander s’il s’agissait d’un lion ou d’une bête inoffensive», explique le professeur du Département de science politique de l’Université de Montréal.

Plus de 1150 participants de partout dans le monde

Pour valider le biais de négativité, le professeur Fournier et ses collègues Stuart Soroka, de l’Université du Michigan, et Lilach Nir, de l’Université de Jérusalem, ont recruté plus de 1150 personnes dans 17 pays répartis sur tous les continents.

Chacun des participants devait regarder des nouvelles télévisées: quatre étaient négatives et autant étaient positives (voir les exemples dans l’encadré). Pendant le visionnement, les participants étaient branchés à un instrument qui captait les variations de conductivité de leur peau et un autre appareil mesurait leur rythme cardiaque.

Une augmentation de la conductivité de la peau combinée avec un changement du rythme cardiaque signifie que la personne est plus attentive à ce qu’elle observe et qu’elle réagit émotionnellement.

«En moyenne, les participants étaient majoritairement plus nombreux à réagir davantage aux nouvelles négatives, comparativement aux informations positives», relate Patrick Fournier.

Pour que l’argument du biais de négativité soit valide en vertu de la théorie de l’évolution, il faut qu’il s’applique partout, chez toutes les populations de la planète. «Nous avons découvert que c’est le cas en très grande majorité, mais qu’il y a une petite partie des gens pour qui ce n’est pas totalement vrai, nuance Patrick Fournier. Chez certains individus, ce sont les nouvelles positives qui captaient leur attention.»

Néanmoins, le biais de négativité observé par les chercheurs était à peu près le même, peu importe les origines géographique et culturelle des participants. «Il y avait une faible différence de deux à trois pour cent liée à la géographie et ce qui explique la variation individuelle demeure inconnu, ajoute M. Fournier. Aucune différence n’a été notée quant à l’idéologie politique.»

Ainsi, bien qu’un certain nombre de personnes réagissent davantage aux nouvelles positives, le biais de négativité semble se confirmer.

«Selon nous, ces résultats expliquent en grande partie pourquoi il y a autant de nouvelles négatives dans les médias: les gens en sont friands, tant chez ceux qui choisissent le contenu dans les salles de nouvelles que chez les lecteurs et les auditeurs! s’exclame Patrick Fournier. Mais ceux qui préfèrent les nouvelles positives sont mal servis par les médias.»

La plus grande étude menée en psychophysiologie!

Bénéficiant du soutien du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, les auteurs de l’étude ont mis quatre ans pour recruter et rencontrer les quelque 1150 participants dans leurs différents pays d’origine.

«La plupart des expériences de ce genre comptent une cinquantaine de sujets et, vu le nombre de personnes qui ont accepté de participer à notre étude comparative, nous pouvons affirmer qu’elle est la plus large jamais effectuée à ce jour en psychophysiologie», déclare Patrick Fournier.

Cette étude a d’ailleurs été exigeante pour les chercheurs. S’ils ont reçu de l’aide dans chacun des 17 pays pour recruter les participants et trouver des locaux afin de mener l’expérience, ils ont eu à faire face à certains enjeux.

Par exemple, le déplacement du matériel, les permissions à obtenir de certaines autorités de même que la traduction des segments de nouvelles dans la langue des participants ont constitué des défis particuliers pour eux.

Et, dans un village en Inde, l’un des chercheurs a dû conduire l’expérience dans une cabane en tôle installée directement sur le sol. «C’est une génératrice au gaz qui produisait l’électricité nécessaire pour faire fonctionner les instruments! C’est le genre de choses que nous n’avions pas prévu au départ, mais ça fait partie de la vie», conclut Patrick Fournier avec philosophie.

Des nouvelles télévisées négatives et positives

Les nouvelles télévisées qui ont été présentées aux participants provenaient des archives récentes de la BBC et concernaient des faits survenus dans différents pays. Voici les reportages utilisés pour réaliser l’étude.

Reportages négatifs:

  • Pérou: la petite ville de Chimbote est rasée par les flammes.
  • 1er mai: manifestations à la suite du ralentissement économique en Europe.
  • Niger: des pénuries alimentaires font rage.
  • Sri Lanka: enquêtes de l’ONU sur des crimes de guerre.

Reportages positifs:

  • Les gorilles d’un zoo sont relâchés dans la nature.
  • Une nouvelle voiture électrique pliante pour réduire la congestion.
  • Un jeune garçon de 11 ans réalise des films animés.
  • Un jeune enfant se remet d'une maladie du foie rare.