Ralentir la progression de la sclérose en plaques

La barrière hématoencéphalique protégeant notre cerveau des agressions devient perméable chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, permettant à un grand nombre de lymphocytes de s’y infiltrer et d'en détériorer les tissus.

La barrière hématoencéphalique protégeant notre cerveau des agressions devient perméable chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, permettant à un grand nombre de lymphocytes de s’y infiltrer et d'en détériorer les tissus.

Crédit : Getty

En 5 secondes

En découvrant une molécule qui freine la progression de la sclérose en plaques, des chercheurs du CRCHUM ouvrent la voie à de nouvelles thérapies pour les 77 000 Canadiens touchés par cette maladie.

Plus de 77 000 Canadiens sont touchés par la sclérose en plaques, une maladie dont les causes demeurent inconnues. Actuellement, ils n'ont aucun espoir de guérison. Dans une étude publiée dans Science Translational Medicine, des chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) lèvent le voile sur une molécule baptisée ALCAM qui, une fois bloquée, freine la progression de la maladie. Les résultats de leurs travaux, menés in vitro chez l’humain et in vivo chez la souris, pourraient permettre la mise au point d’une nouvelle génération de thérapies pour traiter cette maladie auto-immune.

En temps normal, la barrière hématoencéphalique protège notre cerveau des agressions. Elle empêche, par exemple, des cellules du système immunitaire comme les lymphocytes d’envahir notre système nerveux central. Toutefois, chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, cette frontière est perméable. Un grand nombre de lymphocytes parviennent à s’infiltrer dans le cerveau et en détériorent les tissus (destruction de la gaine de myéline protégeant les neurones et assurant la transmission de l’influx nerveux).

«Dans notre étude, nous montrons pour la première fois qu’une molécule nommée ALCAM [pour activated leukocyte cell adhesion molecule], exprimée par les lymphocytes B, contrôle leur entrée dans le cerveau par le biais des vaisseaux sanguins. Elle permet leur migration de l’autre côté de la barrière hématoencéphalique chez la souris et chez l’homme. En bloquant cette molécule sur des souris, nous avons pu diminuer l’entrée des lymphocytes B dans leur cerveau et ainsi freiner la progression de la maladie», mentionne le DAlexandre Prat, chercheur au CRCHUM, professeur à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la sclérose en plaques.

Des médicaments ralentissent l’évolution de la maladie

Alexandre Prat

Crédit : Bonesso-Dumas

Les lymphocytes B sont responsables de la phase progressive de la sclérose en plaques. Certains médicaments, communément appelés antilymphocytes B, ralentissent son évolution et diminuent le handicap qui en résulte.

«La molécule ALCAM s’exprime de façon plus importante sur les lymphocytes B des personnes atteintes de sclérose en plaques. En ciblant spécifiquement cette molécule, nous pourrons désormais explorer d’autres voies thérapeutiques pour traiter la maladie», explique le DPrat.

La sclérose en plaques peut provoquer des symptômes tels que fatigue extrême, manque de coordination, problèmes de vision, troubles cognitifs et changements d’humeur. Un Canadien sur 385 en souffre. Au Québec, cela représente plus de 20 000 personnes. Soixante pour cent des adultes touchés sont âgés de 20 à 49 ans et les femmes sont trois fois plus susceptibles que les hommes de recevoir un diagnostic de sclérose en plaques.

À propos de l'étude

Ces travaux ont été financés par la Société canadienne de la sclérose en plaques, les Instituts de recherche en santé du Canada et le Fonds de recherche du Québec ‒ Santé. L’article «Activated Leukocyte Cell Adhesion Molecule Regulates B Lymphocyte Migration Across Central Nervous System Barriers», par Laure Michel et ses collaborateurs, est paru dans Science Translational Medicine. doi: 10.1126/scitranslmed.aaw0475.

À propos du CRCHUM

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) est l’un des principaux centres de recherche hospitaliers en Amérique du Nord. Sa mission est d’améliorer la santé chez l’adulte grâce à un continuum de recherche couvrant des disciplines telles que les sciences fondamentales, la recherche clinique et la santé publique. Plus de 1861 personnes travaillent au CRCHUM, dont 542 chercheurs et 719 étudiants et stagiaires de recherche.

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