Ne pas opérer réduit le risque d'accident vasculaire cérébral

Chez les personnes atteintes d’une malformation artérioveineuse du cerveau, la fatalité a un nom: l’accident vasculaire cérébral. Pour éviter ce risque, les patients subissent parfois des interventions pour corriger la malformation. Mais sont-elles si bénéfiques?

Chez les personnes atteintes d’une malformation artérioveineuse du cerveau, la fatalité a un nom: l’accident vasculaire cérébral. Pour éviter ce risque, les patients subissent parfois des interventions pour corriger la malformation. Mais sont-elles si bénéfiques?

Crédit : Getty

En 5 secondes

Sans intervention chirurgicale, des chercheurs ont observé une diminution de 70 % des AVC ou de la mortalité chez les patients avec des malformations artérioveineuses du cerveau.

Chez les personnes atteintes d’une malformation artérioveineuse du cerveau, une anomalie vasculaire congénitale, la fatalité a un nom: l’accident vasculaire cérébral (AVC). Pour éviter ce risque, les patients subissent parfois des interventions pour corriger la malformation. Mais sont-elles si bénéfiques? Pas nécessairement. Selon un essai clinique international, codirigé par des chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), le traitement interventionnel ‒ par neurochirurgie, neuroradiologie ou radiothérapie ‒ pourrait être plus dangereux que la maladie elle-même.

Dans une étude publiée dans The Lancet Neurology, le DChristian Stapf, neurologue vasculaire au CHUM et coauteur de l’article, et ses collègues démontrent que le risque de subir un AVC ou de mourir diminue de 68 % quand les médecins laissent la maladie suivre son cours naturel.

«Autrement dit, les patients ont trois fois moins de risques de faire un AVC ou de mourir, a déclaré le DStapf, chercheur au CRCHUM et professeur à l’Université de Montréal. On se demandait ce qui était mieux pour le patient: corriger la malformation pour prévenir l’AVC ou vivre avec la malformation pendant quelques années? Les résultats de notre étude sont clairs: sur le long terme, une simple prise en charge médicale du patient est plus bénéfique que toute intervention. Voilà de quoi bousculer les idées reçues quant aux moyens de prévenir les AVC chez ces patients.»

Avant son arrivée au CHUM en 2005, le DStapf travaillait à l’hôpital Lariboisière (Paris). Il était déjà cochercheur principal de cette étude et responsable de son volet européen. Dans un second temps, l’étude a cherché à évaluer si une intervention chirurgicale précoce pourrait diminuer le risque de déficits neurologiques. «Après un suivi de cinq ans, on montre qu’il y a deux fois plus de patients affligés d’un déficit invalidant après une intervention qu’en l’absence d’intervention», a précisé le DStapf.  

Une étude hors normes

Dans cet essai clinique international nommé ARUBA (acronyme pour A Randomized Trial of Unruptured Brain AVMs), 226 participants adultes, d’un âge moyen de 44 ans, ont été recrutés entre 2007 et 2013 dans 39 centres hospitaliers situés dans neuf pays. Au sein de ce réseau collaboratif, le CHUM était le centre le plus actif en matière de recrutement au Canada. Il y avait deux autres centres en Ontario engagés dans l’étude.

Ces patients volontaires, qui n’ont jamais fait d’AVC et dont la malformation a parfois été découverte de façon fortuite lors d’un suivi médical, ont été répartis dans deux groupes: au premier on proposait une simple prise en charge médicale, tandis que le second voyait la prise en charge combinée avec des thérapies invasives (par neurochirurgie, neuroradiologie interventionnelle ou radiothérapie). Ils ont été suivis pendant une période moyenne allant de 33 à 50 mois.

Sous la houlette du Dr Jean Raymond (neuroradiologue interventionnel), le CHUM a lancé en 2014 l’étude internationale TOBAS pour vérifier si les conclusions probantes de l’essai clinique ARUBA pourraient être étendues à l’ensemble des patients atteints d’une malformation neurovasculaire, y compris ceux ayant déjà eu un AVC.

À ce jour, le programme de santé neurovasculaire du CHUM est le plus grand au Québec et parmi les plus importants au Canada: plus de 800 patients victimes d’un AVC y sont admis chaque année. Avec son centre de référence des anomalies neurovasculaires rares, le CHUM possède une clinique multidisciplinaire spécialisée pour les patients porteurs de plusieurs types de malformations vasculaires du cerveau.

À propos de cette étude

Ces travaux de recherche ont été financés par le National Institute of Neurological Disorders and Stroke, rattaché aux National Institutes of Health des États-Unis, et le Vital Projects Fund.

L’article «Medical management with interventional therapy versus medical management alone for unruptured brain arteriovenous malformations (ARUBA): final follow-up of a multicentre, non-blinded, randomised controlled trial», par Jay P. Mohr et ses collaborateurs, est paru dans The Lancet Neurology, vol. 19, no 7, 2020, p. 573-581.

À propos du CRCHUM

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) est l’un des principaux centres de recherche hospitaliers en Amérique du Nord. Sa mission est d’améliorer la santé chez l’adulte grâce à un continuum de recherche couvrant des disciplines telles que les sciences fondamentales, la recherche clinique et la santé publique. Plus de 1850 personnes travaillent au CRCHUM, dont plus de 550 chercheurs et plus de 460 étudiants des cycles supérieurs.

Relations avec les médias

  • Lucie Dufresne
    Centre hospitalier de l’Université de Montréal
    Tél: 514 890-8000 p. 15380
  • Julie Gazaille
    Université de Montréal
    Tél: 514 343-6796