COVID-19: tous les anticorps ne sont pas égaux devant le virus

En 5 secondes

Une équipe de chercheurs du Centre de recherche du CHUM et d’Héma-Québec montre comment les anticorps IgM jouent un rôle primordial dans la neutralisation du SRAS-CoV-2.

Andrés Finzi

Lorsqu’une personne est infectée par le SRAS-CoV-2, sa quantité d’anticorps capables de neutraliser le virus augmente plutôt rapidement dans son organisme. Une fois qu’on est guéri, cette quantité décline.

Dans une précédente étude, les équipes du chercheur Andrés Finzi, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en entrée rétrovirale et professeur à l’Université de Montréal, et de la chercheuse Renée Bazin, directrice de l’innovation à Héma-Québec, avaient montré que cette capacité de neutralisation diminue après six semaines.

Renée Bazin

 

Dans une nouvelle étude non révisée par les pairs et mise en ligne sur le serveur de prépublication bioRxiv, les chercheurs ont démontré que cette diminution est associée à la disparition d’une famille d’anticorps, les IgM ou immunoglobulines M, dans le plasma sanguin.

En d’autres termes, ces IgM jouent un rôle clé dans la neutralisation du virus et font donc partie de l’arsenal utilisé par le système immunitaire pour combattre l’infection.

Nous en discutons avec Andrés Finzi et Renée Bazin, les deux coauteurs principaux de ces travaux de recherche.

Votre étude est assez unique. Comment êtes-vous parvenus à une telle observation?

Dans nos études précédentes, nous avions observé que la diminution de neutralisation dans le temps était corrélée à la diminution d’anticorps spécifiques à la glycoprotéine du virus, la glycoprotéine S. Nous avions aussi remarqué que cette diminution était associée plus fortement à la disparition des IgM, une famille d’anticorps représentant environ cinq pour cent de la quantité totale d’anticorps.

Dans notre dernière étude, nous avons retiré les IgM de façon sélective du plasma de 25 volontaires ayant guéri de la COVID-19 et avons testé sa capacité de neutralisation du virus. Notre observation est claire: l’absence d’IgM réduit considérablement le pouvoir de neutralisation du plasma et démontre leur rôle majeur dans la réponse immunitaire.

Selon vous, comment vos résultats pourraient-ils influencer la mise au point de vaccins?

Aujourd’hui, la mise au point de vaccins tourne autour de la stimulation de la production d’anticorps. Et, à priori, les IgM ne sont qu’une des facettes de notre défense immunitaire contre le virus.

Mieux comprendre comment notre système immunitaire réussit à se débarrasser du virus est donc important pour savoir quels types de réponses immunitaires les vaccins devraient engendrer.

Dans nos laboratoires, nous étudions aussi la durée de ces réponses immunitaires, car cela peut nous apporter des données solides et probantes sur la nécessité ou non d’avoir un rappel du vaccin. En période de pandémie, c’est une information cruciale pour les autorités de santé publique.

Quelles sont les prochaines étapes de vos recherches?

Nous continuons d’examiner la réponse immunitaire des personnes infectées par le SRAS-CoV-2 sur de plus longues périodes afin de mieux comprendre la durée de cette réponse. Nous évaluons aussi d’autres mécanismes par lesquels les anticorps pourraient lutter contre ce virus.

Du côté du développement, nous travaillons à la mise au point de cocktails d’anticorps monoclonaux qui pourraient être administrés à des gens atteints de la COVID-19.

À propos de cette étude

L’article «Major role of IgM in the neutralizing activity of convalescent plasma against SARS-CoV-2», par Romain Gasser et ses collaborateurs, est paru dans bioRxiv le 9 octobre 2020.

Ces travaux ont été financés par le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec, la Fondation du CHUM, le Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 et les Instituts de recherche en santé du Canada.

À propos du CRCHUM

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) est l’un des principaux centres de recherche hospitaliers en Amérique du Nord. Sa mission est d’améliorer la santé chez l’adulte grâce à un continuum de recherche couvrant des disciplines telles que les sciences fondamentales, la recherche clinique et la santé publique. Plus de 1850 personnes travaillent au CRCHUM, dont plus de 550 chercheurs et plus de 460 étudiants des cycles supérieurs.

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