COVID-19: des biomarqueurs liés aux formes graves de la maladie

L'équipe de recherche a également découvert que les altérations sont associées au degré de virulence de la maladie, à son évolution sur 30 jours et au décès dans les 60 jours.

L'équipe de recherche a également découvert que les altérations sont associées au degré de virulence de la maladie, à son évolution sur 30 jours et au décès dans les 60 jours.

Crédit : Getty

En 5 secondes

La neuroscientifique Catherine Larochelle, de l'UdeM, dirige une étude qui révèle qu'un ensemble d'altérations immunitaires sont spécifiquement liées à l'infection par le SRAS-CoV-2.

Des études récentes ont montré que la réponse immunitaire joue un rôle central dans la gravité de l'infection par le SRAS-CoV-2. Une compréhension des réponses immunitaires déclenchées au fur et à mesure de l'évolution de la maladie est donc essentielle pour déterminer quels patients sont les plus à risque de souffrir de graves complications ou de mourir à la suite de celles-ci. 

Dans une étude publiée le 26 février dans le Journal of Clinical Investigation, des scientifiques et des cliniciens dirigés par la Dre Catherine Larochelle, neuroscientifique de l'Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche du CHUM, ont montré qu'un ensemble d'altérations immunitaires sont spécifiquement liées à la COVID-19.

L'équipe de recherche a également découvert que les altérations sont associées au degré de virulence de la maladie, à son évolution sur 30 jours et au décès dans les 60 jours. Ces biomarqueurs pourraient représenter des cibles thérapeutiques potentielles, selon Catherine Larochelle, auteure principale de l'étude.

Elle nous a fait part de ses conclusions.

Votre approche expérimentale est plutôt unique. À partir du profilage immunitaire que vous avez mené, comment avez-vous pu désigner les patients les plus à risque d’avoir un pronostic défavorable?

C’est avant tout le résultat d’un formidable effort collectif de plusieurs dizaines de personnes, en recherche et en clinique au CHUM, qui ont participé à cette étude et à la constitution de la biobanque québécoise de la COVID-19 [BQC19].

À partir d’une analyse sanguine, nous avons pu répertorier les populations de cellules immunitaires présentes chez 50 patients infectés par le SRAS-CoV-2 et les comparer avec celles de 22 patients de sexe et d’âge similaires hospitalisés pour d’autres maladies aigües et de 49 témoins sains.

Grâce à ce profilage immunitaire, nous avons pu déceler des sous-ensembles de cellules immunitaires qui étaient «déréglées» spécifiquement chez les patients atteints de la COVID-19. Et, le plus remarquable, c’est que certaines de ces altérations immunitaires étaient associées aux besoins en ventilation artificielle et à la mortalité chez ces mêmes patients.

Ces marqueurs spécifiques au SRAS-CoV-2 pourraient donc nous permettre de repérer les patients les plus à risque et montrent de nouvelles pistes pour des cibles thérapeutiques.

De plus, nous confirmons ce qui avait été observé dans d’autres études: des perturbations dans le système immunitaire telles que la neutrophilie ou la lymphopénie sont liées à la gravité de la maladie chez des patients hospitalisés, mais ne sont pas spécifiques au SRAS-CoV-2. 

D’un point de vue clinique, cela pourrait expliquer pourquoi des traitements généraux contre l’inflammation comme les stéroïdes semblent fonctionner dans le cas de la COVID-19 et celui d’autres maladies aiguës.

Selon vous, comment vos résultats pourraient-ils être directement utilisés en clinique? Est-ce techniquement réalisable?

Ces analyses pourraient être facilement transposées en clinique, car nous avons travaillé sur de très petits volumes de sang – moins d’un millilitre – pour dresser ces profils immunitaires.

Dans notre approche expérimentale, nous avons recouru à des techniques couramment employées dans les laboratoires des hôpitaux: utilisation d’anticorps de surface pour «colorer» les cellules qui expriment certains marqueurs, cytométrie en flux, soit la caractérisation et le comptage de cellules, etc. En clinique, nous pourrions ainsi suivre l’évolution de patients au fil du temps et, ultimement, désigner des patients à risque élevé qu’il faudrait suivre plus étroitement.

Selon vous, quels horizons thérapeutiques ouvrent vos travaux de recherche?

Notre étude permettra, je l’espère, de mettre au jour des biomarqueurs qui nous aideront à distinguer les patients selon leur risque de souffrir d’une forme grave de la maladie. Cela devrait nous permettre aussi de déterminer de nouvelles cibles thérapeutiques et de mieux choisir les patients qui pourraient bénéficier de certaines approches thérapeutiques existantes.

À propos de l’étude

L’article «Identification of SARS-CoV-2-specific immune alterations in acutely ill patients», par Rose-Marie Rébillard et ses collègues, a été publié le 26 février 2021 dans le Journal of Clinical Investigation. Le financement de l’étude a été assuré par la Fondation du CHUM, le Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 et les Instituts de recherche en santé du Canada. La BQC19 est une initiative financée par le Fonds de recherche du Québec ‒ Santé, Génome Québec et l’Agence de la santé publique du Canada afin de mieux comprendre l’évolution et les déterminants de l’infection par le SRAS-CoV-2.

À propos du CRCHUM

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) est l’un des principaux centres de recherche hospitaliers en Amérique du Nord. Sa mission est d’améliorer la santé chez l’adulte grâce à un continuum de recherche couvrant des disciplines telles que les sciences fondamentales, la recherche clinique et la santé publique. Plus de 1850 personnes travaillent au CRCHUM, dont plus de 550 chercheurs et plus de 460 étudiants des cycles supérieurs.

Relations avec les médias