Le rôle positif du travail chez les minorités
Mme Kammogne a tenu compte de différents paramètres afin de vérifier s’il existe un lien entre les symptômes dépressifs et les traits d’identité culturelle des personnes en emploi, dont:
- les caractéristiques personnelles (genre, âge, habitudes de vie);
- les éléments liés au travail (surqualification, utilisation des compétences, autorité décisionnelle, soutien social, nombre d’heures travaillées, etc.);
- les facteurs liés à la famille (statut matrimonial, nombre d’enfants, revenu du ménage, tensions familiales…).
Une fois les variables potentiellement confondantes prises en compte, les données indiquent que l’ethnicité et les facteurs relatifs au travail semblent associés de façon distincte aux symptômes dépressifs.
«Contrairement à ce qui ressort dans certaines autres études, nos résultats montrent que les personnes en emploi issues des minorités visibles rapportent significativement moins de symptômes dépressifs, comparativement aux travailleuses et travailleurs caucasiens», souligne Christiane Kammogne.
Ce résultat semble paradoxal, puisque les résultats d’analyses relèvent également que, à la différence des personnes blanches, les employées et employés issus des minorités visibles sont surqualifiés par rapport aux postes qu’ils occupent, utilisent moins leurs compétences et ont moins d’autorité décisionnelle ou d’autonomie dans l’accomplissement de leurs tâches.
«Cela s’explique possiblement par le fait que le travail a un rôle plus positif chez ces personnes, même si l’emploi qu’elles ont décroché n’est pas à la hauteur des études qu’elles ont faites et des postes plus importants auxquels elles ont pu accéder dans leur pays d’origine», soutient Mme Kammogne.
Par ailleurs, les personnes bénéficiant d’un soutien social au travail sont celles qui affichaient moins de symptômes dépressifs.
Enfin, il faut signaler que les gens issus de l’immigration qui ont pris part à l’enquête rapportaient vivre au Canada depuis en moyenne 20 ans. «Ce sont donc des immigrants de longue date qui ont eu le temps de s’adapter et d’accepter leur sort», poursuit la chercheuse associée à l’Observatoire sur la santé et le mieux-être au travail.
C’est ce qui pourrait expliquer pourquoi toutes les analyses menées auprès de personnes ayant le statut d’immigrant ont été non concluantes.