Il faut connaître le patrimoine pour le reconnaître
Parmi les messages que souhaite transmettre Claudine Déom, il y a celui que veulent faire entendre tous les spécialistes du patrimoine: il faut connaître pour reconnaître.
Selon la professeure, la mise en place de la Politique nationale de l'architecture et de l'aménagement du territoire par le gouvernement du Québec en juin 2023 était plus qu’attendue. Cette politique se traduit par la capacité à reconnaître la contribution des environnements bâtis d’hier et d’aujourd’hui à l’épanouissement collectif et permet de sensibiliser la population à l’importance de la préservation des bâtiments anciens ou patrimoniaux.
«Quand on ne connaît pas son histoire, on se trouve incapable de décoder les réalisations du passé, indique la professeure. C’est difficile de construire un pavillon à flanc de montagne, il fallait le faire! Pourquoi l’a-t-on fait? Pour des raisons d’identité: quitter le Quartier latin pour venir s’installer sur la montagne où étaient déjà établies des communautés religieuses ainsi qu’une autre université, c’était un geste audacieux à l’époque. Ce geste aussi fait partie de l’identité! Est-ce une histoire connue? Je ne sais pas, mais il faut toujours la raconter.»
Depuis les dernières années, Claudine Déom plaide pour l’enseignement et la diffusion de l’histoire du patrimoine bâti existant et la préservation de ce dernier. Face aux risques de la perte des connaissances ou de l’appauvrissement de ce patrimoine, la professeure poursuit une approche interdisciplinaire, qu’elle souhaite transmettre à ses classes.
«C’est ma contribution à la Faculté de l’aménagement: le patrimoine touche les étudiants et les étudiantes en design d’intérieur, les urbanistes, les architectes et, transversalement, il y a un programme en patrimoine dont les objectifs sont justement de former des professionnels avec différents profils, qui vont parler au nom du patrimoine bâti et être capables de reconnaître ce qui a de la valeur pour toutes sortes de raisons», dit Claudine Déom.
La valorisation du patrimoine bâti doit ainsi partir d’une réflexion faisant valoir à la fois la singularité du bâtiment et son potentiel identitaire, les raisons historiques de son implantation, les matériaux utilisés ou encore les techniques de construction d’époque. Ainsi, c’est par sa monumentalité, son emplacement unique sur la montagne que le pavillon Roger-Gaudry est un bâtiment d’exception, de même que par le choix des matériaux qui le constitue et jusqu’au génie même de son architecte.
«Il y a des lieux qui sont magiques: le pavillon Roger-Gaudry en est un, mentionne Claudine Déom. Pourquoi? Parce que c’est un lieu qui a été bien construit et qui a traversé l’épreuve du temps. Parce qu’il y a une qualité reconnue dans la réalisation du bâtiment, dans le travail d’Ernest Cormier, qu’on retrouve dans ses différentes constructions.»