Vous parlez de droit à la ville, madame Dion-Fortin. C’est un des thèmes qui ressort dans Chiller à Montréal; on constate que les parcs ne sont pas toujours pensés pour les jeunes filles, qu’elles vivent du harcèlement par les hommes, qu’elles n’ont pas les structures pour par exemple vivre sans souci leurs périodes de menstruations. Madame Plante, est-ce une réalité que vous avez constatée durant vos deux mandats?
VP: Oui, complètement. Le droit à la cité, la façon dont on occupe l’espace est encore extrêmement liée à notre genre, notre identité de genre, notre orientation sexuelle, notre capacité, la couleur de notre peau.
Ainsi, j’ai constaté que le temps alloué aux piétons pour traverser à certaines intersections n’est pas adapté à la clientèle des écoles ou des résidences pour personnes âgées. Quand j’ai voulu rectifier le tir, on m’a dit que c’était la règle. Puis j’ai découvert que ce temps est déterminé selon le pas moyen d’un homme de taille et d’âge moyens, qui n’a pas de handicap ni de poussette, une personne qui n’est pas enceinte ni malade. Et ça me fâchait beaucoup. Il faut réfléchir à l’extérieur de la boîte.
Comme politicienne, mais aussi comme mère et dans ma vie de militante, j’ai toujours été sensible à l’équité sociale et donc, nécessairement, à l’équité territoriale. On ne change pas une ville en un claquement de doigts, mais il faut mettre en relation des services qui se parlent peu. Il faut demander aux spécialistes en urbanisme et en transport de travailler ensemble quand on crée un parc ou une piste cyclable. C’est sûr que c’est vraiment beau quand une piste cyclable traverse un parc, mais le problème, c’est que les femmes ne vont pas l’utiliser quand il fait noir, même si l’urbaniste trouve que c’est joli. Il faut amener les mœurs et les pratiques organisationnelles à changer, en tenant compte de l’ADS+ [l’analyse différenciée selon les sexes dans une perspective intersectionnelle].