«Pas un jour ne passe sans que je me dise: “Quelle chance j’ai d’être ici!”» lance Evelyne de Leeuw d’un ton enthousiaste. Recrutée par l’Université de Montréal en 2023, la politologue de 65 ans entame aujourd’hui la troisième des huit années de son mandat à titre de titulaire de la Chaire d’excellence en recherche du Canada sur la santé urbaine, dotée d’un budget de quatre millions de dollars. Forte d’une expertise acquise dans des universités du Danemark, d’Australie, des États-Unis et des Pays-Bas, elle s’emploie à élargir le concept Une seule santé, habituellement appliqué en médecine vétérinaire, pour en faire un outil d’analyse politique de la vie urbaine.
Son projet mobilise 15 membres du corps professoral de diverses écoles et facultés de l’Université (médecine, droit, urbanisme, etc.), de même que deux professeurs de Polytechnique Montréal, l’école d’ingénierie affiliée à l’UdeM. Ces chercheuses et chercheurs collaborent également avec des scientifiques et l’équipe de médiation d’Espace pour la vie, le complexe montréalais des sciences de la nature qui regroupe le Biodôme, l’Insectarium, le Jardin botanique, la Biosphère et le Planétarium.
«C’est vraiment génial! Ces partenariats sont une source de découvertes intarissable», s’exclame Evelyne de Leeuw dans son bureau de l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), située dans le quartier Parc-Extension.
Elle dirige ces travaux avec l’appui d’une petite équipe administrative et, à titre de professeure, donne deux cours par année à une cohorte des cycles supérieurs. Le reste de son temps est consacré à parcourir la ville – et la planète – afin de transmettre ses connaissances et de glaner des idées pour, dit-elle, rendre l’environnement urbain «plus habitable et mieux adapté au bien-être à long terme du plus grand nombre».
En 2024, à l’invitation de Richard Beecroft, spécialiste du développement durable, Evelyne de Leeuw s’est rendue à l’Institut de technologie de Karlsruhe, en Allemagne, pour voir de près son concept de laboratoires communautaires – dont un laboratoire mobile aménagé dans une fourgonnette de camping que l’équipe de M. Beecroft gare sur une place publique et ouvre à la population afin qu’elle puisse participer aux travaux de recherche et en définir l’orientation. C’est ce genre de «laboratoire du monde réel» que la chercheuse souhaite implanter à Montréal, un projet qu’elle a baptisé «dépanneur de recherche et bien-être». «L’idée, c’est la science faite avec les gens, par les gens», explique-t-elle.