Ana Sokolović fait de l’opéra un laboratoire de cocréation

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Le Prix d’excellence pour l’innovation pédagogique récompense Ana Sokolović et son équipe pour un séminaire d’opéra fondé sur la cocréation, l’interdisciplinarité et la création artistique collective.
Ana Sokolović, professeure à la Faculté de musique de l'Université de Montréal

Dans la série

Prix d’excellence en enseignement Article 47 / 64

La création d’un opéra ne repose pas seulement sur la composition musicale. Elle demande aussi de prendre en compte l’écriture, l’interprétation, le corps, l’espace, la mise en scène et l’écoute des autres disciplines. Pour les formations universitaires spécialisées, intégrer cette réalité collaborative représente un défi. 

C’est à ce besoin que répond le séminaire interdisciplinaire intensif de cocréation d’opéra PLU 6125, mis sur pied par la Chaire de recherche du Canada en création d’opéra, avec l’appui de la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Cette initiative a valu à son équipe le Prix d’excellence pour l'innovation pédagogique. 

Dirigée par Ana Sokolović, professeure, compositrice et titulaire de la Chaire, l’équipe lauréate réunit également Zoey Cochran, professeure invitée en musicologie, Sarah Bild, conseillère pédagogique et chorégraphe, ainsi que le metteur en scène Martin Genest.

Martin Genest, dramaturge et marionnettiste, a d’ailleurs contribué à l’enseignement dans le travail de recherche-création autour de l’opéra Clown(s), présenté à l’Opéra de Montréal en début d'année. 

Offert à Orford Musique depuis 2023, le séminaire rassemble des étudiantes et étudiants de cycles supérieurs en composition, en interprétation et en musicologie, ainsi que des membres de l’École nationale de théâtre du Canada et de jeunes danseuses et danseurs professionnels. 

Pendant deux semaines, les participants sont plongés dans un environnement de création intensif. Le cadre naturel, l’éloignement du campus et la vie collective favorisent une immersion complète. Les journées combinent improvisations, laboratoires de cocréation, conférences, savoirs incarnés et échanges avec des spécialistes invités. 

L’originalité du cours tient à son décloisonnement. Chaque personne traverse les frontières de sa discipline: les compositeurs explorent le mouvement et la scène, les interprètes participent à la dramaturgie, les musicologues s’engagent dans la création, et toutes et tous contribuent à une écriture opératique collective. 

Cette approche transforme l’apprentissage. Les étudiants et les étudiantes ne sont pas appelés seulement à produire une œuvre, mais aussi à s’écouter, à proposer du matériel, à négocier entre eux, à moduler leurs idées et à recommencer. Le processus prime sur le résultat. 

Le séminaire s’est enrichi de projets de recherche-création financés par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et le Fonds de recherche du Québec – secteur Société et culture. En 2023, il a accueilli les Troisièmes Rencontres intersectorielles sur le rythme de l’Initiative Killam, où se sont présentés des chercheurs et chercheuses en psychologie du langage, en biomécanique, en neurosciences, en physique et en cinéma. En 2024 et 2025, il est devenu un laboratoire autour de l’opéra Clown(s), donnant rendez-vous à des clowns, des bouffons, des marionnettistes, des spécialistes des jeux d’ombres et des poètes. 

Cette diversité permet de sensibiliser les groupes à des pratiques rarement réunies à l’université. Elle les amène à envisager l’opéra contemporain comme un espace où se rencontrent langages, corps, idées et imaginaires. 

Les témoignages recueillis dans les journaux de bord et les blogues soulignent l’effet transformateur de l’expérience. Plusieurs participantes et participants disent avoir découvert une autre manière d’aborder leur discipline en prêtant davantage attention au corps, au silence, au geste et à l’écoute collective. D’autres insistent sur la confiance qu’ils ont acquise et sur l’importance de créer sans chercher immédiatement la perfection. 

L’expérience a aussi des retombées durables. Plusieurs équipes ont poursuivi des collaborations après le séminaire. Le cours a même suscité chez certaines personnes le désir d’entreprendre un doctorat en recherche-création. Depuis qu'il a été lancé, il affiche un taux de réussite étudiante de 100 %. 

La méthode mise au point fait maintenant l’objet d’une analyse. Zoey Cochran a mené en 2025 une recherche sur ce type d’approche pédagogique afin d’en dégager des éléments transférables. Deux publications, en français et en anglais, sont en préparation. 

Le rayonnement du séminaire se poursuivra avec le futur emplacement du laboratoire ReCreO et une exposition numérique sur le travail effectué à Orford autour de Clown(s). La prochaine édition, en mai 2027, portera sur la mémoire et accueillera des chercheuses et chercheurs en neurosciences dans un projet autour de l’opéra The Old Fools

En faisant de l’opéra un terrain de collaboration et de recherche incarnée, Ana Sokolović et son équipe proposent une formation adaptée à un monde où les frontières disciplinaires sont de plus en plus poreuses.

Partager