Dans les établissements de santé, certaines souffrances ne relèvent pas seulement du corps. Elles touchent aussi l'esprit, la dignité, les repères et les grandes questions que soulèvent la maladie, la fin de vie ou la vulnérabilité. C’est dans ce contexte délicat qu’interviennent les professionnels en soins spirituels.
Richard Depairon exerce ce rôle à Santé Québec Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal – Universitaire, où il agit depuis plus de 11 ans comme coordonnateur professionnel. Depuis 2019, il collabore étroitement avec l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal pour encadrer des stagiaires du programme en spiritualité et santé. Le Prix d'excellence pour l'encadrement des stagiaires en milieux professionnels vient saluer son travail.
Créée par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec en 2011, la profession d’intervenant en soins spirituels est non confessionnelle. Elle s’inscrit dans une posture laïque et interdisciplinaire, en dialogue avec les équipes médicales, infirmières, psychologiques et sociales.
L’encadrement des stagiaires demande alors plus qu’une connaissance du terrain. Il exige une présence soutenue, une grande justesse professionnelle et une capacité à accompagner des personnes en formation dans un métier encore relativement récent, où les frontières entre écoute, accompagnement, éthique et intervention clinique doivent être constamment réfléchies.
Richard Depairon assure en particulier le bon déroulement des stages en externat, un modèle qui demande un encadrement important et une coordination serrée entre l’Université et les milieux cliniques. Les stages se déroulent sur un semestre et comprennent 105 heures de clinique, auxquelles s’ajoutent des heures de supervision et de travail personnel.
Son rôle consiste entre autres à accueillir les stagiaires, à les introduire dans leur milieu clinique, à leur fournir des repères professionnels et à les accompagner dans les premières étapes de leur insertion. Qu'il s'agisse de CHSLD, d'hôpitaux ou du centre de réadaptation où Richard Depairon est appelé à intervenir, les stagiaires sont confrontés à des réalités cliniques et humaines qui peuvent varier considérablement.
L’accueil occupe une place centrale dans sa démarche. Richard Depairon veille à ce que chaque stagiaire possède les informations nécessaires, les documents utiles, les accès requis et une compréhension claire du milieu où elle ou il agira. Il présente aussi les stagiaires aux équipes de soins et aux gestionnaires tout en les sensibilisant aux attentes de la profession.
Son approche repose sur une progression graduelle: observation, simulation, co-intervention, rétroaction. Ce parcours permet aux stagiaires de développer leurs compétences tout en apprivoisant la complexité des milieux hospitalier et sociosanitaire. L’objectif n’est pas de les faire entrer dans un moule, mais de les aider à construire leur propre posture professionnelle.
Cette posture s’appuie notamment sur l’approche andragogique et expérientielle, qui place l'apprenant dans une démarche réflexive. Les analyses de cas, les notes au dossier, les simulations et les débreffages deviennent autant d’occasions d’apprendre à relire l’intervention, à comprendre ce qui s’est joué dans la relation et à mieux nommer les enjeux cliniques, éthiques et spirituels.
Les témoignages joints au dossier de Richard Depairon insistent sur cette combinaison de rigueur et d’humanité. Un ancien stagiaire souligne qu'il posait régulièrement, à la fin des journées de stage, des questions comme «Qu’est-ce que cela dit de toi?» et «Comment pourras-tu appliquer cette expérience dans ta future pratique comme intervenant en soins spirituels?» Ces questions favorisaient, selon lui, une réflexion approfondie et une rétroaction particulièrement féconde.
L’encadrement offert par Richard Depairon dépasse toutefois la relation individuelle avec les stagiaires. Ce travail contribue aussi à structurer une culture de supervision au sein de son milieu. Ainsi, il a réussi à faire participer 70 % des intervenantes et intervenants en soins spirituels de son équipe au processus de supervision, soit 7 personnes sur 10. Plus de 60 stages reconnus par l’Association canadienne de soins spirituels ont été réalisés à Santé Québec Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal – Universitaire.
Cette contribution a mené l'organisation à être désignée comme milieu pilote pour accompagner la réforme du programme des cycles supérieurs de l’Institut d’études religieuses. L’un des objectifs est d’offrir aux stagiaires plus d’heures cliniques et un meilleur ancrage dans un même lieu de pratique.
Richard Depairon agit de plus comme facilitateur entre l’Université de Montréal, les stagiaires, les répondants cliniques et les équipes professionnelles. Il anime des ateliers, clarifie les rôles, soutient les dyades stagiaires-répondants et collabore à la formation des superviseuses et superviseurs.
À travers cet engagement, il participe à la consolidation d’une profession encore jeune, mais essentielle dans les établissements de santé. En formant des stagiaires capables d’écoute, de réflexivité, de discernement et de présence, Richard Depairon contribue à faire des soins spirituels un accompagnement pleinement inscrit dans la réalité clinique contemporaine.