Pour Elizabeth Hessek, enseigner ne consiste pas seulement à transmettre des contenus. C’est aussi apprendre à poser de meilleures questions, à avancer dans l’incertitude et à réfléchir sur des réponses collectives à des problèmes complexes.
Doctorante en géographie à l’Université de Montréal, elle a reçu le Prix d'excellence aux doctorants et doctorantes et stagiaires postdoctoraux et postdoctorales chargés et chargées de cours. Elle a assuré 10 sections de deux cours et coordonné trois écoles d’été du Centre d’études et de recherches internationales de l'UdeM, en partenariat avec les universités de Malaga et de Barcelone. Son intérêt pour l’enseignement remonte à une expérience à l’Université de Pennsylvanie, où elle a animé un atelier d’urbanisme donné à la maîtrise.
Cette trajectoire nourrit une conviction forte: l’enseignement et l’apprentissage sont indissociables. Au lieu de se présenter comme celle qui détient toutes les réponses, Elizabeth Hessek invite les étudiantes et étudiants à chercher avec elle. Le principe de la «codécouverte» est devenu l’un des fils conducteurs de sa pratique.
Cette approche a pris forme lorsqu’elle a reçu une bourse Fellows HORizon de la Faculté des arts et des sciences en 2022. Grâce à une formation en pédagogie par enquête, elle a conçu le cours Horizon: risques et défis du XXIe siècle (HOR 1200) à l’hiver 2023. Les étudiantes et étudiants y bâtissaient leurs projets à partir de leurs propres questions, en équipes interdisciplinaires, dans une démarche laissant place aux doutes, aux essais et aux réflexions.
Elizabeth Hessek applique aujourd’hui ces principes dans le cours Mobilisation des connaissances en environnement et développement durable (EDD 6005), qu’elle donne aux cycles supérieurs depuis l’hiver 2022. Le cours montre comment des savoirs scientifiques, techniques ou issus du terrain peuvent être transformés en actions utiles pour des partenaires communautaires, institutionnels ou professionnels.
En réponse aux préoccupations étudiantes sur le marché du travail, elle a restructuré la formation afin de créer des liens plus directs avec le terrain. Depuis trois ans, d’anciens étudiants reviennent comme partenaires professionnels pour expliquer comment ils mobilisent les connaissances dans leur travail. Leur présence aide les groupes à saisir l’utilité concrète des notions abordées et des compétences développées.
La première moitié de la session est consacrée aux fondements de la mobilisation des connaissances: définir les publics cibles, établir des partenariats communautaires et réfléchir aux enjeux d’équité, d’inclusion et de justice. Elizabeth Hessek y intègre des exemples tirés de son expérience dans une association de justice environnementale.
Dans la seconde moitié, les groupes travaillent en équipe à un projet final répondant aux besoins d’un partenaire réel. Les réalisations vont de jeux de société sur la biodiversité québécoise à des panneaux interprétatifs pour le corridor écologique Darlington en passant par des campagnes sur des espèces menacées ou des outils destinés à des municipalités.
L’enseignante adopte alors davantage une posture de consultante que d’autorité. Elle accompagne les équipes, formule des commentaires et les encourage à faire confiance à leur jugement et à leur créativité. Les évaluations progressives permettent de tenir compte des rétroactions à chaque étape.
La démarche se conclut par la Coupe Pierre André, un évènement organisé depuis 2022 avec Sara Teitelbaum, professeure agrégée au Département de sociologie de l'UdeM et directrice des programmes d'études en environnement et développement durable. Les équipes y présentent leurs projets devant des partenaires professionnels, des membres du corps enseignant, des pairs ainsi que Pierre André, professeur honoraire et initiateur de ces programmes.
Plus qu’une évaluation, l’évènement marque un passage entre la salle de classe et le monde professionnel. Selon le descriptif du cours, plusieurs étudiantes et étudiants ont amorcé leur carrière grâce aux contacts établis dans ce contexte, tandis que les partenaires souhaitent être réinvités.
Les évaluations étudiantes témoignent de la qualité de l'encadrement d'Elizabeth Hessek. Pour le cours EDD 6005, elle a obtenu une note de 3,9 sur 4 pour son habileté à enseigner, comparativement à une moyenne départementale de 3,6. Les commentaires soulignent sa capacité à rendre les notions accessibles, à animer les échanges et à transmettre son enthousiasme.
Son enseignement dépasse la salle de classe. Elle est ainsi intervenue comme conférencière invitée dans des séances sur la justice climatique, la migration, le genre, la sexualité et la cartographie.
En faisant dialoguer la classe, les partenaires et le terrain, Elizabeth Hessek montre que la mobilisation des connaissances n’est pas qu’un objet d’étude. C’est une manière d’apprendre, de collaborer et de préparer les étudiantes et étudiants à agir dans le monde.