Comment former des chercheuses et chercheurs capables de produire des connaissances, mais aussi de les faire vivre hors des murs de l’université? C’est le défi auquel répond Ingrid Verduyckt, professeure agrégée à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l'Université de Montréal et lauréate du Prix d'excellence des ESP pour la reconnaissance de partenariats extramuros pour la formation en recherche.
Son approche repose sur un écosystème partenarial conçu pour maintenir des collaborations durables entre le milieu universitaire et les organisations externes. Elle vise à maintenir les liens lorsque le financement prend fin.
Le modèle comprend trois rouages. Le premier est le laboratoire universitaire, où sont produites les connaissances. Le second représente les partenaires: cliniques, organismes communautaires, organisations culturelles, entreprises et associations. Le troisième est constitué de trois structures hybrides assurant un lien stable entre la recherche et la société: la Communauté de pratique en orthophonie de la voix, Vocavie et Parlons Voix.
Issues de projets menés au Laboratoire d’innovations en orthophonie, qu'elle dirige, ces structures offrent aux étudiantes et étudiants des occasions d’apprendre à concevoir, à financer, à implanter, à évaluer et à faire connaître des initiatives de recherche. Elles favorisent aussi la circulation des savoirs entre les milieux scientifique, clinique et communautaire.
Créée en 2018, la Communauté de pratique en orthophonie de la voix compte plus de 100 cliniciens, étudiants et chercheurs. Elle entretient un dialogue entre la recherche et la pratique clinique tout en mettant en lumière les besoins du terrain. Les étudiants et les étudiantes peuvent y organiser des journées scientifiques et participer à des projets appliqués.
Vocavie est un organisme à but non lucratif né d’un projet réalisé avec Parkinson Québec. Lauréat du concours d’entrepreneuriat Poly-UdeM en 2021, il agit comme incubateur d’innovation en orthophonie. Les étudiants et étudiantes peuvent prendre part aux étapes d’un projet, de sa conception à sa diffusion.
Ils y acquièrent des compétences rarement enseignées de façon formelle, mais essentielles pour implanter des innovations en santé, comme la recherche de financement, la gestion de projet, la collaboration avec des partenaires et l’évaluation des retombées.
La troisième structure, Parlons Voix, a vu le jour en 2024 grâce à des fonds consacrés à la mobilisation des connaissances. Elle cherche à rendre les résultats de recherche accessibles au public et à rapprocher les milieux scientifique, clinique et communautaire.
L'approche d'Ingrid Verduyckt porte ses fruits. Jusqu’ici, 19 étudiantes et étudiants ont effectué un stage ou acquis une expérience de travail dans l’une des organisations de cet écosystème, en lien avec leur projet de recherche ou leur formation. Le modèle de la professeure peut être appliqué à la maîtrise professionnelle, à la maîtrise de recherche, au doctorat et au postdoctorat.
Les parcours étudiants sont variés. Certains ont cofondé Vocavie, créé leur propre clinique, poursuivi leurs études au doctorat ou obtenu un stage Mitacs. D’autres ont mené des projets de cocréation avec des organismes communautaires, des entreprises ou le milieu clinique. Plusieurs ont également reçu des bourses ou des prix pour la portée scientifique, sociale ou innovante de leurs travaux.
Cet écosystème facilite aussi l’accès au financement. Depuis 2020, Ingrid Verduyckt a participé à l’obtention de plus de 4,6 M$, dont une part importante est liée aux structures intermédiaires qu’elle a contribué à mettre sur pied. Ces sommes soutiennent les activités du Laboratoire d'innovations en orthophonie et les projets étudiants.
Les initiatives réalisées témoignent de la diversité des retombées possibles. Parmi elles figurent une formation conçue avec Radio-Canada sur la représentation médiatique des personnes vivant avec un handicap communicationnel, le Festival Voix et médias, des productions audiovisuelles, des bandes dessinées et des synthèses graphiques sur le Théâtre Aphasique, des ressources en ligne pour des pratiques orthophoniques plus inclusives ainsi que des programmes de formation sur le bégaiement.
Pour les partenaires, le modèle donne accès à une expertise scientifique, à des formations et à des outils adaptés à leurs besoins. Pour les étudiantes et les étudiants, il crée un espace où la recherche devient une manière d’agir avec les milieux et d’acquérir des compétences transférables.
En rapprochant la recherche, l’innovation sociale et la mobilisation des connaissances, Ingrid Verduyckt propose une formation qui prépare la relève à travailler dans plusieurs univers: l’université, la clinique, le milieu communautaire, la culture et l’entrepreneuriat social.