Bientôt un test sanguin maison pour un meilleur suivi de certaines maladies chroniques

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  • Le 27 mai 2019

  • Martin LaSalle
Alexis Vallée-Bélisle et son équipe sont à mettre au point un biocapteur capable de déceler plusieurs marqueurs à partir d'une simple goutte de sang.

Alexis Vallée-Bélisle et son équipe sont à mettre au point un biocapteur capable de déceler plusieurs marqueurs à partir d'une simple goutte de sang.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Le laboratoire dirigé par le professeur Alexis Vallée-Bélisle a obtenu une subvention INNOV de 700 000 $ du CRSNG pour mettre au point un biocapteur que les patients pourront utiliser à la maison.

Le Laboratoire de biosenseurs et nanomachines que dirige Alexis Vallée-Bélisle vient de se voir attribuer une subvention INNOV de 700 000 $ du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) pour établir un partenariat avec la compagnie montréalaise Nanogenecs afin de mettre au point un appareil d’analyse sanguine destiné aux personnes atteintes de maladies chroniques et pouvant être utilisé à la maison.

Cette subvention du CRSNG s’ajoute à celle du ministère de l'Économie et de l'Innovation du Québec qui, en 2018, a accordé 240 000 $ pour ce projet piloté par le professeur du Département de chimie de l’Université de Montréal.

Il y a un an, Univalor ‒ le partenaire commercial de l’Université ‒ obtenait d’ailleurs un brevet afin de protéger la technologie conçue par Alexis Vallée-Bélisle et ses collaborateurs.

Pour l’heure, le biocapteur vise la détection de trois biomarqueurs à partir d’une goutte de sang, soit l’urée, le potassium et la créatinine ‒ marqueurs communs aux gens qui souffrent d’insuffisance rénale ou d’insuffisance cardiaque.

«Notre prototype est actuellement capable de détecter la concentration sanguine d’urée et nous travaillons sur des électrodes qui mesureront le potassium et la créatinine, précise M. Vallée-Bélisle. L’instrument pourra éventuellement permettre à ceux et celles aux prises avec ces maladies chroniques, ainsi qu’à leur médecin ‒ par Internet ‒, de suivre leur état au quotidien et au professionnel de la santé de répondre plus rapidement et efficacement à un changement de leur condition.»

Faciliter l’accessibilité aux tests de laboratoire

Alexis Vallée-Bélisle

Crédit : Amélie Philibert

Le système actuel d’analyse sanguine comporte plusieurs étapes qui nécessitent, la majorité du temps, le déplacement des patients dans des centres de prélèvements.

«Lorsqu’une prise de sang est effectuée en milieu hospitalier ou à une clinique, l’échantillon doit être envoyé ‒ souvent par transport routier ‒ à un laboratoire d’analyse centralisé; ensuite, les résultats sont transmis au médecin et, finalement, au patient, illustre Alexis Vallée-Bélisle. Avec notre technologie, nous voulons changer le modèle pour que le patient et le médecin puissent avoir les résultats sur-le-champ au quotidien et ainsi prendre rapidement les dispositions nécessaires.»

«Tout comme les glucomètres pour les diabétiques, nous croyons que les patients atteints d’autres maladies chroniques bénéficieraient grandement d’un accès à des tests sanguins à la maison, particulièrement lors de périodes d’instabilité, poursuit-il. Cette prise en charge plus préventive et personnalisée pourrait assurément améliorer leur qualité de vie.»

Mais avant d’en arriver là, bon nombre d’étapes doivent être franchies. Entre autres, le prototype de biocapteur doit subir des tests de robustesse pour valider sa capacité à déceler les trois marqueurs. À cet égard, des tests en milieu hospitalier sous la direction du Dr Vincent De Guire, biochimiste clinique à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, sont déjà en cours pour la détection de l’urée dans le sang.

Par la suite, les designers et les ingénieurs s’affaireront à élaborer un appareil portatif peu coûteux et facile d’utilisation, un peu comme le glucomètre.

Signe du haut potentiel de cette technologie, la multinationale Roche Diagnostics vient de signer une entente de parrainage avec Nanogenecs dans le but de la guider dans les phases de maturation et de stratégies de commercialisation et de distribution.

D’ici là, Alexis Vallée-Bélisle souhaite que la compagnie Nanogenecs, qu’il a cofondée avec quatre partenaires et qui a aussi obtenu du financement d’investisseurs établis à Toronto, Boston et Philadelphie, trouve des investisseurs québécois pour commercialiser cette innovation.

Une expérience multidisciplinaire

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en bio-ingénierie et bionanotechnologies, Alexis Vallée-Bélisle est enthousiaste devant les défis que parviennent à relever les chercheurs de son équipe.

«Notre projet est excitant, car il permet aux étudiants de se servir de la recherche fondamentale pour trouver des solutions à des problèmes pratiques, et ce, dans un contexte multidisciplinaire où se côtoient des chercheurs en chimie, en biochimie, en médecine et en ingénierie», conclut celui qui a récemment reçu un prix Étoiles Effervescence 2019, remis à de jeunes et talentueux chercheurs universitaires québécois s’étant illustrés par leurs services et partenariats avec l’industrie des sciences de la vie.

  • Muni d'électrodes en or, le biocapteur peut déceler plusieurs marqueurs associés à différentes maladies.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Avec le biocapteur conçu par Alexis Vallée-Bélisle, il est possible de déceler les différents marqueurs à partir d'une goutte de sang.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Les prochaines étapes consisteront à transformer le prototype de biocapteur afin qu'il puisse être commericalisé.

    Crédit : Amélie Philibert