Pénurie de main-d’œuvre: rapatrions les Québécois!

  • Forum
  • Le 7 juin 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
De nombreux travailleurs québécois sont partis profiter de l'essor économique de l'Ouest canadien quand le chômage battait son plein; pourquoi ne pas les rapatrier?

De nombreux travailleurs québécois sont partis profiter de l'essor économique de l'Ouest canadien quand le chômage battait son plein; pourquoi ne pas les rapatrier?

Crédit : Getty

En 5 secondes

Pour résoudre en partie le problème de pénurie de main-d'œuvre, un démographe propose de rapatrier les Québécois partis s’installer dans le reste du Canada.

La pénurie de main-d’œuvre qui frappe le Québec depuis quelques années pourrait être résorbée, en partie, par le rapatriement des Québécois partis s’installer à l’ouest de la rivière des Outaouais. «Au total, ils sont environ 400 000 depuis le début du 21e siècle à avoir déménagé. La plupart d’entre eux seraient ravis de revenir au Québec. Ils connaissent la langue et la culture et n’ont aucun document transfrontalier à obtenir», lance le démographe Jacques Légaré, professeur émérite de l’Université de Montréal.

Bon an, mal an, ils sont quelque 20 000 à migrer dans le rest of Canada (ROC), évalue le chercheur, qui vient de terminer une étude sur cette réalité peu documentée. Il a présenté ses conclusions au 44e Congrès de l’Association des économistes québécois, le 29 mai, au Centre des congrès de Québec. La plupart de ces migrants intérieurs déménagent parce qu’ils sont à la recherche de meilleures conditions de travail. On ne parle pas ici de travailleurs saisonniers, mais de gens qui ont produit au moins une déclaration de revenus en dehors du Québec.

Prenez le camionneur de Beauce qui est parti s’installer en Alberta il y a 10 ans pour fuir le chômage au Québec. La province de l’Ouest connaissait alors un boum économique et offrait aux routiers d’excellentes conditions de travail. Aujourd’hui, la situation s’est pratiquement inversée. «Pourquoi ce camionneur ne reviendrait-il pas dans la région où il a grandi? On y est à la recherche d’un grand nombre de travailleurs spécialisés», donne comme exemple le chercheur.

Rapatrier les «expatriés»

Jacques Légaré a présenté son étude à un congrès d'économistes.

Crédit : Amélie Philibert

Sans remettre en question l’immigration comme solution démographique et économique pour le Québec, le professeur Légaré estime que les Québécois «expatriés» d’un bout à l’autre du ROC pourraient constituer un contingent important de travailleurs déjà bien formés et faciles à intégrer dans le marché du travail.

Mais pour qu’un éventuel programme de rapatriement ait du succès, il faut s’assurer que l’État pose les bons gestes. «Les Québécois établis à l’extérieur de la province ne reviendront que s’ils sont encouragés à le faire. Pour les ramener, le gouvernement doit offrir des mesures incitatives explicites et engageantes», dit-il.

En un mot, il faudra des contrats de travail fermes sur lesquels les travailleurs pourront se baser pour prendre leur décision. «Je crois que c’est une bonne occasion pour les régions d’attirer une main-d’œuvre qualifiée. Mais les gens ne seront pas gagnés par des promesses. Le gouvernement doit être proactif!» affirme le professeur Légaré.

Données accessibles, analyse complexe

Si les données démographiques ayant servi de base à l’équipe sont publiques, leur analyse est complexe. «Nous avons accès facilement aux données de mobilité interprovinciale grâce à Statistique Canada et à l’Institut de la statistique du Québec, mais l’expertise pour les interpréter convenablement n’est pas courante», mentionne le démographe.

C’est à partir des déclarations de revenus qu’on peut connaître le lieu de résidence des travailleurs. On sait, par exemple, que la plupart des Québécois qui s’installent dans le ROC déposent leurs valises en Ontario, mais une bonne proportion vont en Alberta et en Colombie-Britannique. On sait aussi qu’un bon nombre de ces migrants interprovinciaux sont eux-mêmes des immigrants récents qui tentent leur chance dans une province voisine en espérant y réussir mieux qu’au Québec.

M. Légaré considère que, en ciblant des travailleurs avec des programmes audacieux, on pourrait aller chercher un «solde positif» de 10 000 personnes chaque année.