«Né à la bonne époque»: conférence de Ron McCallum, professeur de droit du travail et… aveugle de naissance

  • Forum
  • Le 27 septembre 2019

  • Martin LaSalle
Aveugle de naissance, Ron McCallum a pu devenir professeur de droit à l'Université de Sydney, doyen de la Faculté de droit de la même université, puis président du Comité des droits des personnes handicapées de l’Organisation des Nations unies grâce aux technologies informatisées... et aussi grâce à sa ténacité!

Aveugle de naissance, Ron McCallum a pu devenir professeur de droit à l'Université de Sydney, doyen de la Faculté de droit de la même université, puis président du Comité des droits des personnes handicapées de l’Organisation des Nations unies grâce aux technologies informatisées... et aussi grâce à sa ténacité!

Crédit : Max Doyle

En 5 secondes

Le 3 octobre, le professeur émérite australien Ron McCallum prononcera une conférence à un séminaire organisé par le CRIMT, où il expliquera comment les technologies l’ont aidé à devenir juriste.

Sur la couverture de son livre, on aperçoit Ron McCallum avec son chien de huit ans. «J’adore Risky. C’était un chien de sauvetage abandonné qui a été récupéré et entraîné comme chien-guide, raconte M. McCallum. Il a échoué au test… c’est pourquoi je l’ai choisi! Je voulais un chien qui soit mon compagnon… Il fait partie de la famille.»

Le Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT) accueillera le réputé professeur australien de droit Ron McCallum, de l’Université de Sydney, à l’occasion d’un séminaire qui aura lieu à l’Université de Montréal le 3 octobre de 12 h à 13 h 30 à la salle 415 du pavillon 3744, rue Jean-Brillant.

Malgré la cécité dont il est atteint depuis sa naissance, en octobre 1948, Ron McCallum a fait des études universitaires qui lui ont permis de devenir le premier aveugle à occuper un poste de professeur dans l’enseignement supérieur en Australie, plus précisément à l’Université de Sydney, où il a enseigné le droit du travail et assumé les fonctions de doyen de la Faculté de droit. Il a aussi été président du Comité des droits des personnes handicapées de l’Organisation des Nations unies.

L’enseignant à la retraite qui fêtera bientôt ses 71 ans a publié ses mémoires cet été: Born at the Right Time. Il y explique, entre autres et avec beaucoup d’humour, comment, grâce aux avancées technologiques, il a pu atteindre ses objectifs de carrière et de vie.

Dans un entretien téléphonique, il a parlé de son parcours et des défis qu’il reste à relever pour mieux intégrer les aveugles et les personnes handicapées dans les communautés et le marché du travail.

Que vouliez-vous évoquer en intitulant votre livre «Né à la bonne époque»?

Quand j’étais enfant, beaucoup d'aveugles passaient leur vie à confectionner des paniers dans des ateliers protégés. Ils n’avaient guère d’autre choix. J’ai d’abord appris le braille et, à l’âge de 13 ans, j’ai eu un magnétophone qui m’a permis d’apprendre une foule de choses autrement qu’en lisant le braille. Plus tard, le magnétophone m'a servi à entendre le contenu enregistré des textes de loi que j’ai étudiés puis enseignés, et ce, jusqu’en 1997-1998. Et, quand j’écrivais un livre à l’ordinateur, comme je ne pouvais pas voir ce que j’avais tapé, je devais avoir une bonne mémoire!

Puis, on a doté mon ordinateur d’un appareil qui pouvait lire et répéter, grâce à la voix synthétisée, ce que je rédigeais. C’est ainsi que la technologie informatisée est entrée dans ma vie et qu’elle y a occupé une place de plus en plus prépondérante au fur et à mesure qu’elle évoluait.

En 1999, il y a eu le premier appareil capable de numériser une page et de transférer le tout à mon ordinateur. Ce fut une révolution pour moi: je pouvais numériser des livres, des ouvrages de référence et des jugements en version papier et me les faire lire par l’ordinateur.

Aussi, l’arrivée d’Internet a rendu plus accessible beaucoup de matériel et, aujourd’hui, je peux télécharger tous les contenus que je veux sur mon téléphone portable ou avec Dropbox, dans un format qui me convient: c’est extraordinaire!

Ces technologiques adaptatives m’ont aidé à participer à des enquêtes en droit du travail en tant qu’avocat, puis à devenir professeur et même membre et président du Comité des droits des personnes handicapées de l’Organisation des Nations unies!

Qu’est-ce qui vous a incité à étudier, puis à enseigner le droit du travail?

J’ai des origines marxistes! [Rires.] Après mes études collégiales, le droit m’attirait et je suis notamment allé étudier le droit commun à l’Université Queen’s, en Ontario, ce qui m’a ouvert des portes. À cette époque-là, dans les années 70, aucune technologie ne permettait de faciliter l’étude du droit aux aveugles. Je consacrais 12 heures par jour à mes études, car c’était plus long pour moi de passer au travers la matière. Heureusement, j’étais déterminé et entêté!

Quel regard portez-vous sur le monde du travail d’aujourd’hui à travers vos recherches?

À titre de chercheur associé au Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail, je constate notamment que l’économie de partage mise de l’avant par Uber, Lift, TaskRabbit et d'autres représente un défi majeur pour les lois du travail tant au Canada qu’en Australie et ailleurs dans le monde: elle entraîne une grande précarité pour les travailleurs, qui n’ont pas d’emplois permanents.

Les salariés d’autres types d’entreprises subissent aussi différentes formes de violence: chez Amazon par exemple, on mesure tout dans la chaîne de valeur, comme la vitesse avec laquelle les employés manipulent les produits à emballer et même le temps qu’ils prennent pour aller aux toilettes. Ils vivent une énorme pression, accompagnée souvent de mauvaises conditions de travail.

Je constate aussi que le Canada et l’Australie ne sont pas les champions de l’embauche des personnes en situation de handicap. Dans la population générale, 78 % des 16 à 64 ans ont un emploi, comparativement à 52 % chez les gens handicapés. De plus, les emplois qu’ils occupent sont souvent mal payés et on leur offre surtout des postes à temps partiel.

On peut et l’on doit faire mieux. Il faut moderniser l’employabilité des personnes handicapées et s’assurer que tous les enfants ayant un handicap peuvent fréquenter l’école normale et vivre dans leur communauté pour être mieux intégrés.

J’ai eu la chance d’enseigner pendant 47 ans à des étudiants qui sont devenus avocats, politiciens, juges… Je crois que d’avoir été leur professeur les aura rendus plus ouverts au potentiel des personnes handicapées.

Et ceci est important: nous avons besoin que les autres voient que nous ne sommes pas différents d’eux.

Aide-mémoire

Quoi: conférence de Ron McCallum au CRIMT
Quand: le jeudi 3 octobre de 12 h à 13 h 30
Où: 3744, rue Jean-Brillant, salle 415

Ron McCallum a livré un témoignage inspirant et rempli d’humour à la conférence TEDx tenue à Sydney en 2013. On peut le visionner sur YouTube.