Accompagnée de Sonia Blank, Carolyne Grimard a invité UdeMNouvelles à constater les bons et les moins bons aménagements — et réaménagements — le long de la rue Sainte-Catherine, en partant du square Phillips, à l’ouest, jusqu’à la place Émilie-Gamelin, à l’est.
Réaménagé il y a quelques années seulement, le square Phillips demeure un îlot de chaleur puisque les arbres qu’on y a plantés ne sont pas encore matures, mais le mobilier urbain n’est plus aussi hostile aux personnes itinérantes qu’auparavant. Par exemple, les nouveaux bancs ne sont plus munis d’un accoudoir central, qui empêchait les gens de s’allonger.
De même, les couvercles de poubelles, qui empêchaient les personnes de ramasser les bouteilles et canettes consignées, ont été modifiés pour faciliter l’opération.
À ce stade de la promenade, on constate un embellissement de l’aménagement, notamment par l’embourgeoisement du quartier Red Light, et l’on voit peu de personnes en situation d’itinérance.
«L’espace public est un lieu de cohabitation et la cohabitation crée forcément des tensions, explique Carolyne Grimard. La gentrification a pour effet de déplacer les services communautaires qui composent le tissu social des personnes itinérantes. Quand l’architecture est utilisée pour créer un idéal harmonieux, ça profite plus à un groupe qu’à l’autre, ça invisibilise et exclut certaines personnes.»
Le pavillon multifonctionnel le Repaire et l’esplanade Tranquille, dans le Quartier des spectacles, constituent un bel exemple d’aménagements à utilisation mixte. Le pavillon et la terrasse offrent différents types d’espaces et d’activités accessibles à toutes et tous, hiver comme été. Les tables permettent aux étudiantes et étudiants de travailler en équipe, les bean bags offrent l’occasion autant aux touristes qu’aux personnes itinérantes de se reposer quelques instants. Et au besoin, les employés du pavillon peuvent recourir à une association de référence si des personnes itinérantes le requièrent.
«En face, la place Hydro-Québec est aussi un bon coup architectural qui, avec son mobilier urbain dispersé dans des zones d’ombre qui inclut un point d’eau, favorise la mixité avec ses zones à la fois intimes et sécuritaires», ajoute la professeure.
Passé la rue Saint-Laurent, en continuant vers l’est, on remarque que les lieux de partage se font plus rares. Néanmoins, l’organisme le Sac à dos est à l’origine d’un projet de construction, situé à l’angle de la rue Sainte-Élisabeth, qui offrira différents services et des logements sociaux à une clientèle en situation d’itinérance. La présence de CACTUS Montréal joue aussi un rôle important, tant pour la santé des personnes itinérantes que pour celle des habitants du quartier.
C’est une fois rendu à la place Émilie-Gamelin que l’on constate que les conflits d’aménagement sont le plus visible. Le projet de construction d’une tour, la fermeture de différents commerces ainsi que la pandémie ont rendu l’ensemble du quartier plus hostile aux personnes sans domicile.
«Travailler sur la cohabitation sociale ne signifie pas d’éliminer les conflits d’usage, ni même les conflits tout court: il s’agit d’apprendre aux groupes à vivre ensemble et à s’assurer que les conflits ne sont pas générés par un besoin non répondu, soumet Carolyne Grimard. Si des personnes vont faire leurs besoins dans la cour de quelqu’un, c’est peut-être parce qu’il n’y a pas assez de toilettes publiques.»