Ménopause et santé buccodentaire: un habitat microbien en changement

En 5 secondes Une équipe de l’UdeM entame un projet de recherche pour mieux comprendre et prévenir les effets de la ménopause sur le microbiote parodontal des femmes et sur leur santé globale.
Quand les conditions physicochimiques de la bouche changent, certaines espèces bactériennes prennent le dessus sur d’autres.

Dans la série

Pas de vacances pour la science! Article 50 / 50

Quand on pense à la ménopause, on évoque la plupart du temps les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil et les changements hormonaux. Cet été, une équipe de recherche s’intéresse à une dimension qui fait rarement les manchettes, mais qui reste cruciale: la santé buccodentaire.  

Amel Ben Lagha, professeure à la Faculté de médecine dentaire de l’Université de Montréal, et son équipe étudient les conséquences de cette transition hormonale sur le microbiote parodontal, c’est-à-dire l’ensemble des microorganismes qui vivent dans la bouche, en particulier autour des gencives. 

L’objectif: mieux comprendre pourquoi les femmes ménopausées sont plus à risque de souffrir de maladies des gencives et surtout comment prévenir ces problèmes avant qu’ils aient des répercussions sur la santé globale. 

Le microbiote, ce véritable organe

Pour Amel Ben Lagha, qui est également chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, le microbiote est un organe à part entière. «Il ne s’agit pas simplement d’un amas de bactéries, mais d’une communauté vivante et organisée qui interagit constamment avec son environnement», dit-elle. 

Comme tout écosystème, poursuit la professeure, cet équilibre dépend des conditions physicochimiques du milieu. Dès que cet environnement change, certaines espèces bactériennes prennent le dessus sur d’autres. Or, la ménopause constitue justement un bouleversement majeur. 

«La diminution des hormones sexuelles, notamment la chute de l’estradiol au profit d’autres formes d’estrogènes comme l’estrone, modifie profondément l’environnement buccal», explique la chercheuse.  

À cela s’ajoute une sécheresse salivaire fréquente durant cette période, qui transforme la bouche en un milieu plus sec, donc plus favorable à des bactéries potentiellement nuisibles. 

Des bactéries à l’assaut 

Ce changement de milieu crée ainsi un déséquilibre du microbiote. Des bactéries, capables de mieux s’adapter à ce nouvel environnement ou même de métaboliser certaines hormones, deviennent dominantes. C’est le cas de celles dites «parodontopathogènes», soit celles responsables des maladies des gencives comme la gingivite ou la parodontite. 

«C’est ce qui expliquerait pourquoi, malgré une hygiène buccodentaire généralement meilleure que celle des hommes, les femmes à la ménopause présentent un risque accru de maladies parodontales», signale Amel Ben Lagha. 

La chercheuse tient à souligner que les modifications hormonales ne sont pas les seules en cause. Le stress, les changements des tissus buccaux et la diminution des capacités de régénération osseuse et de régénération tissulaire fragilisent aussi la cavité buccale. 

Une recherche aux visées préventives 

Le projet de recherche, appelé AGEWISE, comporte plusieurs étapes. D’abord, des essais in vitro seront menés afin d’observer comment des cellules et certaines bactéries réagissent en présence de différentes hormones associées à la ménopause. Cette phase permettra de désigner les mécanismes biologiques potentiels. 

Ensuite, à l’automne, des essais cliniques seront amorcés auprès de femmes ménopausées. Amel Ben Lagha et son équipe analyseront à la fois la salive, le microbiote buccal et les taux hormonaux. 

Cette étape représente un défi, puisque plusieurs facteurs devront être pris en compte, dont l’alimentation, l’hygiène de vie, l’origine ethnique et les habitudes buccodentaires. Un grand nombre d’échantillons sera donc nécessaire pour obtenir des résultats significatifs. 

Au-delà de la compréhension scientifique, l’équipe cherche aussi à sensibiliser les femmes à l’importance de porter une attention soutenue à leur santé buccodentaire durant la ménopause. Cela passe par des visites plus fréquentes chez le dentiste, une hygiène buccale rigoureuse et une attention particulière à l’alimentation. La chercheuse mentionne aussi le potentiel des polyphénols – des composés présents notamment dans les bleuets et les canneberges –, qui pourraient aider à limiter la prolifération de certaines bactéries nuisibles.

Une question de santé globale

Aux yeux d’Amel Ben Lagha, ce projet de recherche est important parce que les conséquences de la ménopause sur le microbiote ne se limitent pas à la bouche; en effet, les bactéries en cause dans les maladies parodontales sont décrites comme particulièrement virulentes et pro-inflammatoires.  

«Elles peuvent contribuer à une inflammation chronique de bas niveau dans l’ensemble du corps, un phénomène parfois appelé inflammaging, soit l’inflammation liée au vieillissement. Cette inflammation persistante pourrait favoriser ou aggraver d’autres problèmes de santé», précise-t-elle.  

Certaines études montrent ainsi des liens avec des maladies cardiovasculaires, des atteintes neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou certains cancers, tel le cancer colorectal. 

«La ménopause n’est pas simplement une étape “normale” de la vie, elle entraîne des transformations physiologiques profondes qui affectent les tissus, les os, les hormones et, comme on le découvre de plus en plus, le microbiote. Mieux comprendre ces changements, c’est aussi mieux accompagner les femmes dans cette transition et prévenir des problèmes de santé qui peuvent altérer leur qualité de vie à long terme», conclut la professeure.

Demandes médias

Université de Montréal
Tél. : 514 343-6111, poste 67960