Pour Amel Ben Lagha, qui est également chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, le microbiote est un organe à part entière. «Il ne s’agit pas simplement d’un amas de bactéries, mais d’une communauté vivante et organisée qui interagit constamment avec son environnement», dit-elle.
Comme tout écosystème, poursuit la professeure, cet équilibre dépend des conditions physicochimiques du milieu. Dès que cet environnement change, certaines espèces bactériennes prennent le dessus sur d’autres. Or, la ménopause constitue justement un bouleversement majeur.
«La diminution des hormones sexuelles, notamment la chute de l’estradiol au profit d’autres formes d’estrogènes comme l’estrone, modifie profondément l’environnement buccal», explique la chercheuse.
À cela s’ajoute une sécheresse salivaire fréquente durant cette période, qui transforme la bouche en un milieu plus sec, donc plus favorable à des bactéries potentiellement nuisibles.
Des bactéries à l’assaut
Ce changement de milieu crée ainsi un déséquilibre du microbiote. Des bactéries, capables de mieux s’adapter à ce nouvel environnement ou même de métaboliser certaines hormones, deviennent dominantes. C’est le cas de celles dites «parodontopathogènes», soit celles responsables des maladies des gencives comme la gingivite ou la parodontite.
«C’est ce qui expliquerait pourquoi, malgré une hygiène buccodentaire généralement meilleure que celle des hommes, les femmes à la ménopause présentent un risque accru de maladies parodontales», signale Amel Ben Lagha.
La chercheuse tient à souligner que les modifications hormonales ne sont pas les seules en cause. Le stress, les changements des tissus buccaux et la diminution des capacités de régénération osseuse et de régénération tissulaire fragilisent aussi la cavité buccale.
Une recherche aux visées préventives
Le projet de recherche, appelé AGEWISE, comporte plusieurs étapes. D’abord, des essais in vitro seront menés afin d’observer comment des cellules et certaines bactéries réagissent en présence de différentes hormones associées à la ménopause. Cette phase permettra de désigner les mécanismes biologiques potentiels.
Ensuite, à l’automne, des essais cliniques seront amorcés auprès de femmes ménopausées. Amel Ben Lagha et son équipe analyseront à la fois la salive, le microbiote buccal et les taux hormonaux.
Cette étape représente un défi, puisque plusieurs facteurs devront être pris en compte, dont l’alimentation, l’hygiène de vie, l’origine ethnique et les habitudes buccodentaires. Un grand nombre d’échantillons sera donc nécessaire pour obtenir des résultats significatifs.
Au-delà de la compréhension scientifique, l’équipe cherche aussi à sensibiliser les femmes à l’importance de porter une attention soutenue à leur santé buccodentaire durant la ménopause. Cela passe par des visites plus fréquentes chez le dentiste, une hygiène buccale rigoureuse et une attention particulière à l’alimentation. La chercheuse mentionne aussi le potentiel des polyphénols – des composés présents notamment dans les bleuets et les canneberges –, qui pourraient aider à limiter la prolifération de certaines bactéries nuisibles.