Olivier Fontaine ou la filière batterie hors des sentiers battus

Olivier Fontaine

Olivier Fontaine

Crédit : Amélie Philibert, Université de Montréal

En 5 secondes

Après avoir occupé des postes en France et en Thaïlande, le professeur Olivier Fontaine continue à sortir de sa zone de confort en devenant professeur au Département de chimie de l’UdeM.

«C’est devenu un moteur», convient Olivier Fontaine. De l’île de La Réunion à Montréal en passant par Paris et la Thaïlande, le nouveau professeur de chimie de l’Université de Montréal carbure en effet à la nouveauté.

Après quatre années passées en Thaïlande où il a mis sur pied un laboratoire de chimie pour les batteries aux ions de lithium, il souhaitait entreprendre un autre chapitre qui l’emmènerait ailleurs, autant physiquement qu’intellectuellement. Et l’UdeM, avec son rayonnement international en intelligence artificielle (IA), lui faisait de l’œil. «Cette proximité avec l’IA me stimule beaucoup», confie-t-il. 

De l’électricité dans l’air

C’est très jeune qu’Olivier Fontaine a commencé à s’intéresser aux questions d’énergie. À La Réunion, son oncle est dirigeant chez EDF, le fournisseur d’électricité local (l’équivalent d’Hydro-Québec). «Il me faisait visiter la centrale hydroélectrique durant les week-ends. Dès l’âge de 10 ans, j’ai développé une passion pour tout ce qui touche à l’électricité. Le sujet du stockage de l’énergie est venu ensuite assez naturellement», raconte-t-il.

Après des études de baccalauréat en chimie à La Réunion, il déménage en région parisienne pour faire une maîtrise et un doctorat en électrochimie moléculaire à l’Université Paris Diderot. Puis il effectue un premier postdoctorat au Collège de France: «J’y ai appris beaucoup de choses, qui dépassaient le cadre de la chimie. C’était très pluridisciplinaire», remarque-t-il.

Il amorce ensuite un deuxième postdoctorat auprès de Peter Bruce, alors à l’Université de St Andrews, en Écosse, un pionnier de la recherche sur les batteries aux ions de lithium. De retour en France, il obtient un poste de professeur à l’Université de Montpellier et devient membre de l’Institut universitaire de France, un statut privilégié qui lui permet de se consacrer à la recherche. 

En 2020, il accepte un mandat au Vidyasirimedhi Institute of Science and Technology, en Thaïlande, pour relever de nouveaux défis professionnels. Et aussi culturels: «Ça m’a forcé à sortir de ma zone de confort. Ce que j’aime, c’est mettre des choses en place, parfois un peu dans la souffrance parce qu'elles sont ambitieuses», affirme-t-il. 

Les différences culturelles se reflètent d’ailleurs dans plusieurs aspects de ces affectations. «J’ai commencé à enseigner ici, et les pratiques pédagogiques par rapport à la France sont différentes. Il n’y a pas une façon qui est meilleure que l’autre, mais la structure et les attentes de la part des étudiants et étudiantes ne sont pas les mêmes», note-t-il. 

De nouveaux axes de recherche

Olivier Fontaine rejoint ainsi les rangs du Département de chimie de l’UdeM, très actif dans la recherche sur les batteries aux ions de lithium. «La filière batterie à l’Université est solide, il y a eu des brevets importants qui ont mené à des commercialisations», souligne-t-il.

Après avoir travaillé sur les signaux électrochimiques dans les batteries et sur les batteries à base d’eau salée à l’Université de Montpellier, Olivier Fontaine souhaite aujourd’hui se concentrer sur trois nouveaux axes de recherches, s’éloignant de ses réalisations passées. «C’est un peu en rupture avec mes contributions. Je veux élaborer de nouvelles approches pour utiliser les batteries et concevoir de nouveaux matériaux. C’est le défi», explique-t-il.

Le premier axe concerne l’élaboration d’une nouvelle classe de matériaux moléculaires. «C’est un projet à haut risque, de recherche fondamentale», précise-t-il. Il espère aider à améliorer les performances et l’efficacité des batteries aux ions de lithium.

Il aimerait également mimer la batterie à l’échelle micrométrique pour mieux comprendre ce qui s’y passe. Le chercheur utilisera finalement les outils mathématiques et de l’IA pour mieux comprendre les signaux mesurés dans les batteries. 

Mais au-delà de ces travaux de recherche, Olivier Fontaine veut contribuer à la diffusion et à la vulgarisation de la science en français. «C’est important de remettre à la société», croit celui qui est rapidement devenu membre de l’Acfas à son arrivée au Québec. Parce que si les batteries électriques ont le vent en poupe, il faut parfois tempérer les attentes, rappelle-t-il: «Il y a tout un engouement autour des voitures électriques, mais ce n’est pas forcément parce que la technologie des batteries aux ions de lithium était prête. Les constructeurs automobiles ont vu une occasion économique d’abord et cela a créé une sorte de déséquilibre entre les annonces et la réalité.»