Entre exigence et manque de reconnaissance
L’Enquête pointe différents aspects qui pèsent sur la motivation des futurs enseignants et enseignantes.
C’est le cas du test de certification en français écrit pour l’enseignement, mieux connu dans le milieu sous l’acronyme TECFEE. Si l’exigence linguistique est légitime, la manière dont ce test est intégré dans le parcours ainsi que le manque de soutien pour s’y préparer en font un facteur de décrochage, selon les témoignages recueillis.
«Ce n’est pas le retrait du TECFEE qui est demandé, mais un accompagnement plus rigoureux, plaide Cecilia Borges. Nous remarquons des liens importants entre les résultats aux cours de français écrit offerts dans notre faculté [des sciences de l’éducation] et la réussite au TECFEE. Ainsi, ce test ne devrait pas être vu comme une barrière arbitraire, mais comme un outil d’aide à la communication chez les enseignantes et enseignants.»
Une autre pierre d’achoppement est le stage non rémunéré. L’Enquête a mis en relief la pertinence de rémunérer les stages et de rendre plus facile l’accès aux bourses. Selon Cecilia Borges, une piste à explorer serait le stage en situation d’emploi, toujours accompagné et supervisé par une personne compétente en milieu scolaire.
«On peut aussi penser au stage sous la forme d’une résidence pédagogique, une idée inspirée du domaine de la santé, ajoute-t-elle. Bien qu’il soit embryonnaire, à la faculté, nous menons un projet pilote en ce sens en milieu scolaire. Bref, il est important de valoriser ce travail des étudiantes et étudiants pendant les stages, car, bien qu’en formation, ils contribuent à l’éducation des élèves, souvent dans des environnements exigeants et le temps est venu de reconnaître leur apport.»
Par ailleurs, un écart entre la formation en classe et la réalité du terrain est dénoncé. Cet écart est exacerbé par un manque d’accompagnement des nouveaux enseignants et enseignantes dans des contextes difficiles. «Ce n’est pas que la formation est insuffisante ou mauvaise, et la formation initiale a beaucoup changé et s’est améliorée au fil des ans, mais le processus d’insertion professionnelle en milieu scolaire doit être amélioré», indique Cecilia Borges, qui a suivi de près 55 membres du personnel enseignant en insertion professionnelle au cours d’une précédente recherche longitudinale sur cinq ans, subventionnée par le Conseil de recherches en sciences humaines.
«Les répondantes et répondants ne demandent pas de la facilité, insiste-t-elle. Ils ont un esprit critique, sont souvent en réorientation de carrière et s’attendent à ce que la formation soit à la hauteur de la complexité de la profession.»