L’esclavage, un phénomène très répandu en Nouvelle-France
Si l’esclavage n’était pas inconnu des sociétés autochtones avant l’arrivée des Européens, la forme introduite par les colons français et anglais suivait la règle romaine du partus sequitur ventrem: l’enfant d’une mère esclave naissait lui aussi esclave. «En revanche, chez les Autochtones, le statut d’esclave n’est pas transmis à la génération suivante. Le statut suit la personne et non sa descendance. Le statut de l’esclave peut aussi changer, celui-ci pouvant par exemple remplacer quelqu’un qui a été tué dans la tribu», explique Dominique Deslandres.
Les estimations pionnières de Marcel Trudel dans les années 1960 faisaient état d’environ 4000 esclaves en Nouvelle-France, majoritairement autochtones. «Mais des recherches plus récentes montrent que ce chiffre pourrait atteindre près de 10 000 entre 1632 et la Conquête anglaise», poursuit l’historienne.
Ce qui ressort de manière terrifiante de sa recherche est la jeunesse extrême d'une large part de la population asservie, particulièrement chez les Autochtones. Entre 1632 et 1760, sur les 1574 esclaves dont l'âge est connu, 734 avaient moins de 12 ans lors de leur dernière mention dans les registres. Dans le seul gouvernement de Montréal et pour la même période, sur 947 esclaves dont l'âge est connu, 430 Autochtones et 49 Afrodescendants avaient moins de 12 ans.
Ces enfants, souvent désignés par le terme générique de panis ou panise, n’avaient parfois qu’un prénom. S’ils avaient un nom de famille, c’était celui de leur maître. Cette anonymisation participait, selon Dominique Deslandres, à la «mort sociale qu’impose l’esclavage».