Un concept artificiel
«La question des frontières préoccupe d’abord les États coloniaux», remarque Mathieu Arsenault, professeur au Département d’histoire de l’UdeM. En effet, «les frontières coloniales sont artificielles et ont été créées sans le consentement des Autochtones qui occupaient le territoire», souligne le professeur de science politique de l’Université Martin Papillon.
Mais cela ne veut pas dire que les Premières Nations ne reconnaissaient pas une certaine notion de délimitation des territoires. «C’était des frontières naturelles, comme un lac ou un marais, et non pas une ligne aléatoire sur un bout de papier. On tolérait qu’un voisin vienne chasser et pêcher sur son territoire, pour sa survie, tant qu’il ne pillait pas les ressources», soutient Marie-Pierre Bousquet. Contrairement à la notion de souveraineté telle qu’elle est comprise aujourd’hui, l’autorité sur le territoire émane de la relation avec celui-ci dans les cultures autochtones, précise Martin Papillon: «Il y a une dissonance culturelle et historique en arrière-plan.»
Il ne faut toutefois pas croire que les Autochtones étaient passifs. «Certaines communautés autochtones ont utilisé la frontière comme une manière de détourner des politiques coloniales à travers l’histoire», dit Mathieu Arsenault. Il donne l’exemple de l’Indian Removal Act de 1830, par lequel le gouvernement américain a entrepris d’expulser les communautés autochtones au-delà de la frontière que représentait le fleuve Mississippi. Face à ce mouvement de déportation connu sous le nom de Trail of Tears, certaines nations dont le territoire était à cheval entre les deux pays ont alors cherché une protection contre les politiques américaines en s’installant du côté canadien. «Même si les Premières Nations ne reconnaissent pas la légitimité des États à imposer la frontière, il est pertinent de noter qu’elles ont été en mesure de l’utiliser comme un instrument de résistance et de négociation avec les États coloniaux», ajoute-t-il.